Carnet de Louis Favreau
Chaire de recherche en développement des collectivités (CRDC)

Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), agriculture durable et solidarité internationale : une mise en perspective

mardi 3 décembre 2013 par Louis Favreau

De Rio+20 en 2012 en passant par l’Année internationale de l’exploitation agricole familiale en 2014 pilotée par l’ONU et son agence, la FAO, en direction des rencontres internationales des Objectifs du millénaire pour le développement après 2015 dont celle des Rencontres du Mont-Blanc (RMB) de novembre dernier et du Sommet international des coopératives en octobre prochain, une volonté commune semble se dessiner au sein d’un bon nombre d’organisations. De façon notable dans le secteur de l’agriculture et de l’agroalimentaire. Dans une période de crises où le modèle unique de développement se trouve enfin questionné, le projet de s’engager dans la construction d’autres manières de vivre chez soi comme sur l’ensemble de la planète prend du relief. Les organisations paysannes et de petits producteurs, les OCI et divers mouvements sociaux participent tous à leur manière à cette nouvelle dynamique internationale.

Une double crise : le croisement de la crise alimentaire et de la crise de l’énergie-climat

La Banque mondiale avertit que l’Afrique verrait sa production agricole totale reculer de 10% d’ici à 2050 et environ 40% de ses terres dédiées au maïs devenir « inutilisables » dans la décennie 2030 parce que « des températures extrêmes pourraient affecter les récoltes de riz, de blé, de maïs et d’autres cultures importantes et menacer la sécurité alimentaire » des pays pauvres, estime l’institution dans son nouveau rapport...Les inondations massives qui ont touché plus de 20 millions de personnes au Pakistan en 2010 pourraient devenir « monnaie courante », selon la BM (...) « Le changement climatique fait peser une menace fondamentale sur le développement économique et la lutte contre la pauvreté » a admis M.Jim Yong Kim, actuel président de la Banque mondiale.

Source : Vers de graves pénuries alimentaires, Alexandre Shields, Le Devoir, 20 juin 2013.
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Dans les deux dernières décennies, les risques environnementaux d’envergure planétaire reliés à l’activité humaine ont été mis en relief par plusieurs travaux scientifiques (Gadrey, 2010 ; Lipietz, 2012, Griffon 2011). Avec la multiplication de crises qui s’emboîtent les unes dans les autres (crise alimentaire et crise sociale intimement liées à la crise financière de 2008), l’aggravation du réchauffement climatique, la généralisation des pollutions, la détérioration irréversible d’une partie de nos écosystèmes et les soubresauts de l’ère des énergies fossiles (gaz de schiste, production offshore...), la planète risque d’être confrontée d’ici 2030 pour certains, une décennie ou deux de plus pour d’autres, à des chocs systémiques qui risquent de déstabiliser bien des choses en matière notamment de sécurité alimentaire. L’action à entreprendre implique donc une intervention non seulement à notre échelle mais à l’échelle de la planète pour prendre davantage en compte le cycle de vie de nos productions. La question de l’heure : y a-t-il des forces sociales présentes en assez grand nombre dans nos sociétés pour y faire face ? Oui et non !

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Le sentiment d’impuissance peut nous gagner et l’inaction de certaines organisations pointe la difficulté de travailler sur ces enjeux. Il y a une difficulté persistante pour un certain nombre de grandes organisations sociales à miser sur une transition écologique de l’économie plutôt que sur une économie captée par la seule croissance et le seul profit. Il y a aussi persistance d’un éparpillement des forces sociales à l’échelle internationale dans des visées très hétérogènes ou très sectorielles. Il faut pourtant reconnaître des signes de résistance, voire des alternatives nouvelles à ces enjeux. De grandes organisations internationales comme l’Organisation mondiale du commerce (OMC) n’ont-elles pas été mises à mal par des mobilisations sociales internationales qui ont fait revenir le mouvement des agriculteurs sur l’avant-scène (Pérez-Vitoria, 2005). Le profil d’un autre type de mondialisation émerge et des débats reprennent vie. Dans tout cela, les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) auront-ils été à la hauteur ?

L’humanitaire coupe l’herbe sous le pied du développement

C’est depuis près de 50 ans que la notion de développement fait l’objet d’importants débats et de visions fort différentes, opposées même au sein de toutes les institutions internationales. Après l’échec fortement ressenti des coopérations étatiques des pays capitalistes du Nord dans le Sud et celui démoralisant des mouvements de libération nationale et de leur modèle « développementiste », qu’en est-il resté ? Le concept a été mis à mal et ramené par le FMI et la Banque mondiale à sa plus simple expression : croissance du produit intérieur brut (PIB) et lutte contre l’extrême pauvreté.

En moins de 50 ans, nous sommes aussi passés de la décolonisation de l’Afrique et de l’industrialisation par substitution d’importations de l’Amérique latine - la notion de développement servant alors de référence quasi-universelle dans les deux blocs (capitaliste et communiste) - à une mondialisation ultralibérale à partir des années 90. Ce début de basculement du monde a provoqué du désenchantement dont le point culminant est l’abandon, à toute fin pratique, du thème du développement durant les deux dernières décennies, simultanément à l’effondrement du Bloc soviétique. La seule perspective qui s’est ouverte au sein des institutions internationales a été celle de l’humanitaire devenu la principale finalité légitime dans les rapports entre nations par ces temps d’incertitude. Avec l’an 2000, la grande initiative des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) aura été l’aboutissement sur 15 ans d’une intervention surtout marquée dans ce registre. Si cela s’est plutôt bien passé dans les institutions internationales, il en va autrement dans les OCI et les mouvements sociaux où de nouveaux débats ont fait leur apparition : nous sommes en effet passés de la thématique du « développement-libération » dans les années 1960-1970, puis à celle de la mise en échec des projets nationaux alternatifs (Tanzanie de Nyerere en Afrique et celui des Sandinistes au Nicaragua) dans les années 1970-1980, et par voie de conséquence au retour des petits projets, du « small is beautiful » mais aussi du développement durable de la grande Conférence de Rio en 1992, et finalement à celle du « développement-transition écologique de l’économie » dans la dernière décennie (voir mon billet de mai 2012 à ce propos.)

Les années 2000 : la mondialisation néolibérale est en position de force, 
mais le vent tourne

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Les Dragons et les Tigres d’Asie (Indonésie, Thaïlande…) s’écrasent, la finance capitaliste passe progressivement aux postes de commande à l’échelle internationale, le FMI et la Banque Mondiale font déjà depuis un moment la pluie et le beau temps, etc. Sauf que… ! Un grand rassemblement à Seattle en 1999 devient le signe annonciateur d’une société civile internationale émergente. Le Forum social mondial (FSM) se réunit pour une première fois en 2001 à Porto Alegre au Brésil. C’est le début de quelque chose qui ne cessera pas de progresser pendant toute la décennie, à tâtons certes, mais sans perdre son élan initial. À partir de là, le développement reprend son sens en devenant un droit pour les populations du Sud mais dans la recherche d’un nouveau modèle. Un saut qualitatif s’opère : avec l’arrivée du FSM, un décloisonnement des luttes (jusque là trop sectorielles) et un changement d’échelle (depuis trop longtemps repliées sur le local). On assista alors à la réhabilitation des organisations paysannes et l’entrée à l’avant-scène du thème de la souveraineté alimentaire. Nous entrons également dans l’ère de la transition écologique de l’économie (Favreau, 2013 ; Favreau et Hébert, 2012) si on prend appui sur plusieurs rencontres internationales dont quelques-unes plus près de nous comme les Rencontres du Mont-Blanc de 2011 et 2013 ou celles du Sommet international des coopératives de 2012 et 2014.

Les années qui viennent : l’incontournable urgence écologique

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Les espoirs de la décolonisation passés (les années 1960 et 1970), le « développementisme » par la reprise des modèles industriels à la manière capitaliste des pays du Nord ou à la soviétique ayant épuisé les dernières balles de leurs fusils (années 1980), l’entrée en scène des programmes d’ajustement structurel (PAS) du FMI et de la BM ayant laminé tous les fondamentaux des États sociaux émergents au Sud (santé, éducation, services sociaux…) pendant les années 1990, la première décennie du 21e siècle s’ouvre donc sur l’humanitaire, les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), mais aussi sur le développement durable (Rio 1992). Et, avec Rio+20 en 2012, émergent les notions d’« économie verte » et celle de la « transition écologique de l’économie ». Les notions de « développement durable », d’« économie verte » et de « transition écologique de l’économie » ne fonctionnent pas à l’identique. La notion de « développement durable » a reflué après l’échec des États à s’entendre à Copenhague en 2009 sur la question du réchauffement climatique. Ceci étant, c’est la notion de « transition écologique de l’économie » qui a pris les devants signalant par là la nécessaire transformation radicale de l’économie elle-même. L’« économie verte » a fait du millage au PNUD à l’occasion de Rio +20 mais a été au final de l’événement identifiée à du capitalisme vert, perdant du coup une bonne partie de sa capacité d’attraction dans un certain nombre de mouvements, laissant aussi en plan la possibilité de mettre à contribution certaines composantes du secteur privé (voir à ce propos mon billet de juin 2012). En dernière instance les OMD (2000-2015) dicteront-ils la conduite de l’ONU, de ses agences et de nombreuses OCI de par le monde dans la prochaine décennie (2015-2025) ou y aura-t-il changement de paradigme ? Un bilan succinct s’impose.

Les Objectifs du millénaire pour le développement : un bilan très controversé

....Pour apaiser les tensions devant la précarité de la situation, on concocta les objectifs du millénaire. Pour monter le sérieux de la démarche, on se donna 15 ans pour venir à bout de la faim. Des engagements budgétaires convaincants accompagnaient le tout...Il faudra attendre l’année 2008 pour saisir l’ampleur du leurre...L’année 2008 a démontré que ce n’est pas faute de produire que les gens n’ont pas de quoi se nourrir, mais plutôt faute de partager. Les objectifs du millénaire ne seront pas atteints, non pas par manque de savoir-faire, mais bien par manque de savoir-vivre. Voilà la réalité de notre histoire.
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Rapport annuel de UPA DI, 2012-2013, p.18 et 19.

Les OMD entrent donc en scène en l’an 2000. La mobilisation devient majeure. Longtemps banalisée par les grandes institutions financières internationales (FMI, BM et OMC), les agences et programmes spécialisées de l’ONU (FAO, OMS, OIT, PNUD…) vont progressivement organiser tout au long des années 90 des conférences internationales auxquelles un certain nombre d’ONG seront invités à prendre part. C’est dans cette foulée qu’émergent les OMD qui deviendront alors les principales lignes de défense de la lutte internationale contre l’extrême pauvreté. Les premières années de cette mobilisation canalisent les énergies de presque toutes les institutions internationales et d’un nombre considérable d’ONG. Les objectifs de ce discours obligé apparaissent cependant dépourvus de capacité de s’attaquer aux inégalités derrière cette pauvreté. On peut ici prendre l’exemple de deux pays à forte densité rurale : le Mali et l’Inde.

Les objectifs du Millénaire en bref

Le programme Objectifs du Millénaire pour le Développement a été adopté par l’ONU en 2000 et propose pour 2015 de réduire de moitié de la pauvreté absolue (moins de 1 dollar US par jour) ; d’assurer l’éducation primaire pour tous ; de promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes ; de réduire la mortalité des enfants de moins de 5 ans ; d’améliorer la santé maternelle ; de combattre le VIH/Sida, le paludisme et d’autres maladies ; d’assurer un environnement durable ; et de mettre en place un partenariat mondial pour le développement.

Dans le premier cas, deux millions d’agriculteurs maliens gagnent leur vie dans la filière du coton. Or, le marché international est sous l’emprise du coton américain et européen. Le Mali n’arrive pas à bien écouler son coton sur le marché. Précarité comme horizon dans une jeune démocratie dont la volonté de développement et de démocratisation avait été pendant près de 20 ans particulièrement manifeste sinon exemplaire. Cause principale : les structures du commerce international. Si on ne touche pas aux règles du jeu du commerce international, comment vaincre la pauvreté dans ce pays ?

Dans le second cas, en Inde, les « intouchables » (25 % de la population de ce pays d’un milliard d’habitants, principalement composés de paysans et de communautés rurales) forment les « basses classes » d’une société qui, en dépit de sa démocratie, la plus vieille des pays du Sud (1947), n’a pas encore réussi à éliminer son système de castes, lequel leur interdit l’accès à la terre et à nombre d’emplois et de services de base. Dans ce cas, derrière la pauvreté, il y la discrimination d’un système de castes.

Les réalisations des OMD auront donc permis qu’il y ait moins de misère dans certaines régions de la planète. L’extrême dénuement aura beaucoup reculé notamment en Chine et au Brésil. Cependant les chiffres les plus récents à ce propos montrent bien que les inégalités se sont amplifiées (Alternatives économiques, hors-série numéro 98, 2013, p.72 et 73). Les Objectifs du millénaire pour le développement n’ont pas permis l’amorce d’une redistribution durable de la richesse à l’échelle de la planète. Ils sont demeurés des initiatives de caractère humanitaire qui n’ont en outre pas débouché sur la redéfinition du modèle dominant de développement. « Lutte contre la pauvreté, la grande hypocrisie », titrait déjà et avec justesse la revue Alternatives internationales dans son dossier de septembre 2005 (p. 24 à 39). Quel développement permettrait de ne plus dissocier la crise écologique de la crise économique.

La première question aujourd’hui est « quoi faire croître et quoi ne pas faire croître » ?

Les grandes institutions internationales ont longtemps été à la peine pour sortir de l’idéologie du progrès par la croissance. Une distinction majeure a néanmoins émergé entre la notion de croissance qui implique la seule augmentation continue de la production et celle de développement qui consiste en l’organisation de la consommation et de la production, des revenus et des dépenses en fonction de l’amélioration des conditions et de la qualité de vie des populations. Lequel développement est devenu par la suite un développement durable à partir de la conférence de Rio en 1992.

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L’impensée des OMD aura été la lutte contre les inégalités. Après 2015, le risque c’est que l’urgence écologique soit l’impensée des OMD qui vont suivre. Cette perspective pourrait échapper presque totalement aux grandes institutions économiques internationales portées par le credo néolibéral. Plusieurs font l’hypothèse que les OMD après 2015 auront invariablement à devenir des objectifs pour le développement assumant l’urgence écologique si on prend pour appui les plus récents travaux qui circulent dans certaines agences de l’ONU comme ceux de Genevey, Pachauri et Tubiana (2013). Mais cette perspective et les alternatives qui l’accompagne vont-elles se concrétiser face au néolibéralisme mondialisé ? Peut-être que oui, peut-être que non !

Les OMD après 2015

Le néolibéralisme mondialisé n’est pas unique et homogène : il y a des capitalismes parce que les sociétés ne répondent pas de la même façon à l’offensive des multinationales, actrices principales de cette mondialisation. C’est donc au pluriel qu’il faut décliner les alternatives selon que nous sommes dans un pays du Nord comme le Danemark ou les États-Unis ; dans un pays du Sud comme le Togo sous dictature militaire depuis 40 ans ou le Sénégal qui a un régime démocratique et pluraliste depuis plusieurs décennies ; dans un pays comme le Chili fortement inégalitaire ou en Uruguay, le moins inégalitaire des pays de l’Amérique latine.

Il n’y a pas une Alternative mais bien des alternatives. La logique du « tout ou rien » est erronée au plan du diagnostic, mais surtout elle nourrit l’impuissance et l’immobilisme. En revanche, la logique des alternatives nous autorise à agir dès maintenant sans penser que nous menons des actions purement palliatives. Chaque jour, nos sociétés font des choix qui vont dans un sens ou dans l’autre : commercialisation collective de produits agricoles ou libre marché par l’agro-business ; monopole de la presse privée ou présence d’une presse indépendante ; maintien des services publics ou privatisation ; législation du travail soutenant ou défavorisant la syndicalisation ; décentralisation ou déconcentration des services publics en région, etc. Aujourd’hui dans un certain nombre de sociétés où les mouvements sociaux ont plus d’influence, on assiste à une lente remontée de courants de réformes.

Ainsi, par exemple, la FAO et le mouvement international des petits producteurs et paysans réaffirment leur conviction que la sécurité alimentaire mondiale n’est pas une simple question technique, mais repose, avant tout, sur la capacité des agricultrices et des agriculteurs à nourrir la planète (extrait du Protocole d’accord entre la FAO et UPA DI en 2013). Quels sont les défis de la prochaine décennie en matière d’agriculture susceptibles de s’inscrire dans les OMD après 2015 ? En prenant l’angle de vue des organisations paysannes et de la coopération internationale de proximité, quels sont aujourd’hui les sujets les plus sensibles et les plus urgents susceptibles d’illustrer des possibles qui ne s’inscrivent pas dans une économie capitaliste de marché ? Nous avons, mon collègue Ernesto Molina et moi examiné cette question dans le contexte de notre ouvrage sur l’expérience internationale du mouvement des agriculteurs québécois (Favreau et Molina, 2014).

L’agriculture dans le contexte d’OMD après 2015 : cinq défis

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1. Premier défi : la question de la sécurité alimentaire dans une perspective internationale

D’abord la question de la sécurité alimentaire dans une perspective internationale avec son volet Nord et son volet Sud. Au Nord, c’est le volet de la commercialisation des produits avec la sensibilité actuelle des consommateurs qui est d’assurer la qualité des produits et leur traçabilité par exemple. Volet Sud, c’est l’urgence, en termes économiques, de développer des systèmes collectifs de mise en marché pour garantir l’accès aux produits. « C’est notamment l’enjeu du stockage de produits agricoles pour assurer la sécurité alimentaire dans les pays du Sud qui fait la différence au moment des crises » dit-on dans les organisations d’agriculteurs et de paysans. Et c’est cette veine de travail que la FAO a découvert.

2. Deuxième défi : une agriculture durable

Ensuite comment développer une agriculture durable ? Compte tenu de l’échec des États à s’entendre sur les réponses à donner à la menace du réchauffement climatique (Copenhague 2009, Varsovie 2013), comment et sur quoi opérer une transition écologique de l’agriculture ? En bloquant la déforestation. En protégeant les cours d’eau avec des plantations. En traitant les eaux usées et en triant les déchets. En cultivant en terrasses pour éviter l’érosion et la dégradation des sols. En reboisant les terres et les rives des cours d’eau. En n’utilisant pas ou le moins possible des pesticides. En utilisant des engrais organiques. En misant sur des alternatives au pétrole (biomasse agricole et/ou forestière de 2e génération, énergies renouvelables comme le solaire et l’éolien). En développant l’agroforesterie...Vaste programme en vue auquel se sont attaquées plusieurs organisations paysannes de par le monde. Pour en savoir plus à ce propos, voir une vidéo de Griffon et Orsenna sur l’agriculture écologiquement intensive.

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3) Troisième défi : de nouvelles politiques publiques en matière d’agriculture et d’alimentation

Les politiques publiques en matière d’agriculture et d’alimentation sont déterminantes en dernière instance. C’est ici qu’intervient le pendant politique de la sécurité alimentaire, la souveraineté alimentaire : des politiques publiques pour soutenir la petite exploitation familiale ; des politiques publiques pour contraindre les multinationales ; des politiques publiques pour se défaire de la spéculation sur le prix des produits agricoles ; des politiques publiques pour contrer l’accaparement des terres par des multinationales.

4) Quatrième défi : la capitalisation des activités économiques des organisations paysannes

La capitalisation des organisations paysannes dans leurs activités économiques pour assurer leur part du marché (commercialisation des produits, transport adéquat, transformation locale, régulation de l’offre...) nécessite des financements propres (par opposition au choix d’aller en bourse). Subsidiairement, la responsabilité des institutions financières de type collectif (coopératives et mutuelles) en termes d’investissement socialement responsable doit faire son chemin : quelle politique de placements mettre en place ? Qu’est-ce qui la distingue des politiques de placements des entreprises capitalistes ? Telles sont les questions qu’il faut poser en joignant à celles-ci des propositions concrètes favorisant une capitalisation propre dans le cadre d’une économie non capitaliste de marché. Pour des propositions concrètes en matière de solidarité internationale dans ce registre, voir mon billet.

5) Cinquième défi : la solidarité internationale des agriculteurs et des paysans

La solidarité internationale entre organisations d’agriculteurs du Nord et organisations paysannes du Sud est un impératif de premier ordre. Ici interviennent les organisations de coopération internationale du mouvement des agriculteurs, comme UPA DI, pour soutenir la professionnalisation des organisations paysannes et coopératives dans les pays du Sud et le développement d’une agriculture viable et durable.

Bref développer des politiques de capitalisation, d’agriculture durable, de souveraineté alimentaire et de solidarité internationale Nord-Sud s’inspirant directement des pratiques innovatrices, des expériences réussies de développement d’alternatives illustrant une économie d’avenir en matière d’agriculture et d’alimentation. Chaque fois que l’on investit dans l’agriculture, les résultats sont visibles, même dans des pays qui paraissaient très mal partis, comme le Malawi, passé en trois ans de pays mendiant à pays exportateur de nourriture parce que son gouvernement a décidé de soutenir la production de petits producteurs ruraux. Tout comme le Vietnam ou le Brésil, qui ont su arracher leurs campagnes à la pauvreté (Brunel, revue Sciences humaines, juillet 2010, numéro 217, p. 30). À l’échelle de la planète, l’Année internationale de l’agriculture familiale de 2014 est certainement susceptible de faire bouger les choses. C’est le sens de ce projet : refaire de l’agriculture une priorité. Les organisations paysannes et leurs alliés seront définitivement sur l’avant-scène. En tout état de cause, l’opportunité est là.

Au Québec un certain nombre d’organisations sont sensibles à tous ces changements. Une nouvelle période de coopération du Québec avec le Sud s’ouvre peut-être : celle d’une reconfiguration des OCI à partir de nouveaux dispositifs politiques, une Agence québécoise de solidarité internationale, et de nouveaux outils financiers c’est-à-dire des fonds opérant avec des partenaires du Sud dans une logique qui ne soit pas uniquement de dons mais aussi de prêts et de garanties de prêts telles que le proposent des organisations comme l’UPA DI, l’AQOCI et le GESQ, la Caisse d’économie solidaire Desjardins et quelques autres.

Repères bibliographiques

  • Brunel, S. (2010), « Les grands défis d’une agriculture durable » dans la revue Sciences humaines, numéro 217, Paris, p.26 à 30.
  • Favreau, L. et E. Molina (2014), La solidarité internationale du mouvement des agriculteurs québécois. L’expérience de l’organisation UPA Développement international (UPA DI), Publication conjointe CRDC et UPA DI, UQO, Gatineau, 100 pages. Disponible en format numérique sur le site de la CRDC et en format papier auprès de l’organisation UPA DI.
  • Favreau, L. (2013). « Vers un New Deal vert. Comment mettre en œuvre un nouveau scénario de développement durable ? La contribution des coopératives et de l’économie solidaire ». Dans Gagnon, C. (Éd), Guide québécois pour des Agendas 21e siècle locaux, [En ligne] http://a21l.qc.ca/21823_fr.html
  • Favreau, L. et M. Hébert (2012), La transition écologique de l’économie, Presses de l’Université du Québec, Sainte-Foy, 160 pages.
  • Favreau, L. et E. Molina (2011). Économie et société. Pistes de sortie de crise, Québec, PUQ, 162 p.
  • Gadrey, J. (2010). Adieu à la croissance, bien vivre dans un monde solidaire, Paris, Alternatives économiques/Les petits matins, 190 p.
  • Genevey, R., Pauchauri, Rajendra K et L.Tubiana (2013), Regards sur la terre. Réduire les inégalités, un enjeu de développement durable. Armand Colin, Paris.
  • GESQ (2013). Transformer l’agriculture et l’agroalimentaire pour nourrir la planète. Université d’été du GESQ, Cegep de Shawinigan, Mauricie (cahier spécial du Devoir du 22 mai : http://jupiter.uqo.ca/ries2001/carnet/IMG/pdf/cahier_devoir_22_mai_-_.pdf ).
  • Griffon M. et F. Griffon (2011), Pour un monde viable. Changement global et viabilité planétaire. Éd. Odile Jacob, Paris.
  • Lipietz, A. (2012), Green Deal. La crise du libéral-productivisme et la réponse écologiste, Éd. La Découverte, Paris.
  • Pérez-Vitoria, Sylvia (2005), Les paysans sont de retour, Actes Sud, France.

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