Carnet de Louis Favreau
Chaire de recherche en développement des collectivités (CRDC)
Texte paru dans le journal RÉSEAUX (cahier international)

Des organisations au carrefour de la défense de droits et du développement d’alternatives économiques : l’expérience de l’OCI Développement et Paix

2008 par Louis Favreau

Développement et Paix est l’une des plus anciennes organisations de coopération internationale (OCI) au Québec et au Canada. Itinéraire d’une organisation de coopération internationale (OCI) qui est au carrefour de la défense de droits et du développement d’alternatives économiques au Sud. [1]

Fondée il y a près de 40 ans, Développement et Paix, fait la promotion de la solidarité internationale par un programme d’éducation au Québec et au Canada et par le soutien à des projets d’organisation sociale des communautés et de développement socio-économique dans les pays du Sud : financement de projets locaux ; mise en réseau au plan régional et national ; participation à des événements internationaux (comme le Forum social mondial) ; appui à des campagnes internationales de plaidoyer comme celle pour l’annulation de la dette…tous ces ingrédients constituent sa tasse de thé quotidienne.

D&P est une organisation disposant de plus de $20 millions par année pour soutenir des projets dans le Sud. Ce budget va surtout au développement et beaucoup moins à l’aide humanitaire. D&P mise d’abord sur ses fonds propres pour assurer à ses partenaires un soutien à long terme qui ne soit pas à la merci de politiques gouvernementales changeantes et de leurs conditionnalités qui, trop souvent, font dériver les projets de leurs motivations fondatrices en allant vers l’aide humanitaire.

Développement et Paix : 12,000 membres ici, 200 partenaires au Sud

Développement et Paix est un mouvement de justice sociale réunissant plus de 12,000 membres mobilisés autour de la perspective d’une mondialisation équitable. D&P n’envoie pas de coopérants, ni de matériel. Il n’a pas de « mission » ou d’agence dans le Sud. Il n’a que des partenaires : des acteurs locaux de développement. Il ne réalise pas lui-même de projets de terrain. Il construit des partenariats avec des mouvements sociaux locaux dans les pays où il est présent : syndicats paysans ou ouvriers, coopératives, ONG, réseaux nationaux ou internationaux de développement local ou d’économie solidaire... Ce qui distingue aussi D&P de plusieurs autres organisations, c’est de mettre de l’avant depuis ses débuts (1967) la perspective de l’auto organisation économique, politique et sociale des communautés. C‘est la matrice première de cette OCI qui travaille dans la durée avec quelques 200 partenaires du Sud dans plus de 30 pays.
D&P, nous dit le directeur adjoint des programmes internationaux, Paul Cliche, a depuis longtemps établi ses partenariats sur la base de quelques grands critères : « Ce sont des groupes qui font la promotion de la démocratie ; des projets qui appuient des organisations populaires ; des initiatives qui favorisent la promotion collective des femmes ; des leviers capables de susciter des alternatives économiques et des projets qui mettent en œuvre une gestion populaire de l’environnement ». Ce sont aussi, ajoute-t-il, « des partenariats dans la durée si l’on veut arriver à des résultats structurants pour les communautés concernées ». Bref, ce qui prime, c’est la dimension d’initiative. Ce n’est pas l’argent de D&P qui suscite des projets mais plutôt des initiatives locales du Sud qui sont renforcées par D&P.

Le Fonds Solidarité Sud de Développement et Paix

Afin de conserver toute la marge de manœuvre nécessaire à D&P, quelques membres et sympathisants de l’organisation ont démarré en 2007 un fonds de dotation entièrement dédié au renforcement de la capacité d’agir des communautés dans les pays du Sud. Seuls les intérêts du capital serviront au soutien à des partenaires du Sud. Le Fonds Solidarité Sud s’appuie sur quelques donateurs importants comme tous les fonds de ce type mais sa distinction est de s’appuyer sur une dynamique démocratique : un réseau avec des ancrages régionaux et une mobilisation collective. Pas d’aide humanitaire. Une priorité : la solidarité avec les communautés du Sud. Un dispositif : des dons mensuels ou annuels, des polices d’assurances, des legs testamentaires, des dons d’actions. Un an après son démarrage, le Fonds Solidarité Sud disposait de près d’un million de dollars. « Un très bon début ! » nous dit un de ces animateurs au Saguenay, Louis Pilote, professeur du Cegep de Jonquière aujourd’hui à la retraite. Mais aussi une méthode nous dit Louise Beauchesne, infirmière de profession et animatrice du Fonds à Sorel : « un fonds ouvert à tous, des donateurs qui deviennent membres et peuvent, de ce fait, participer aux orientations du Fonds ». Des professeurs d’universités, des enseignants de CEGEP et d’écoles secondaires, des organisateurs communautaires, des infirmières et des travailleurs sociaux, de petites entreprises, des organisations communautaires et culturelles sont à l’origine de ce fonds qui vise $5 millions dans les prochaines années.

Pour en savoir plus : voir le site du Fonds Solidarité Sud : http://www.uqo.ca/ries2001/Fonds/Accueil.htm

[1Je connais Développement et Paix depuis 1972-1973. Cette organisation de coopération internationale (OCI) émergente (né en 1967) était en pleine ébullition au lendemain du coup d’État au Chili. Ayant visité le Chili du gouvernement d’Allende en 1972, période où je militais à la CSN à Montréal à l’époque (au Conseil central dirigé alors par Michel Chartrand), la direction du Conseil central avait été sollicité pour participer à un Forum de D&P sur ses orientations. Dans cette foulée, en 1975, D&P soutiendra peu après le travail de solidarité internationale du Secrétariat Québec Amérique latine où j’ai travaillé pendant quelques années et le Comité Québec-Chili. J’ai trouvé à nouveau D&P sur mon chemin en 1997 quand des Péruviens qui organisaient la première rencontre internationale d’économie solidaire m’ont appris que c’était grâce au soutien financier de D&P que la rencontre avait lieu. Il en fut de même pour le groupe d’organisateurs sénégalais de la rencontre internationale du RIPESS en 2005 à Dakar (note de carnet, janvier 2009).


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