Carnet de Louis Favreau
Chaire de recherche en développement des collectivités (CRDC)
Entretien avec René Lachapelle, président du Groupe d‘économie solidaire du Québec (GESQ)

L’économie sociale québécoise et la solidarité Nord-Sud : quel avenir en 2012 ?

lundi 12 septembre 2011 par Louis Favreau, René Lachapelle

Le Groupe d’économie solidaire du Québec (GESQ) organisait une importante rencontre internationale au Québec en 2001. C’était il y a dix ans. Et cette rencontre était la seconde après la rencontre fondatrice de 1997 organisée par des Péruviens à Lima. René Lachapelle était au Pérou en 1997, a été un des principaux artisans de la rencontre de 2001, secrétaire exécutif du GESQ jusqu’à 2009, et président depuis. Il est donc bien placé pour faire un retour sur la dynamique Nord-Sud de l’économie sociale et solidaire québécoise à l’aube d’un rendez-vous international important qu’il organise avec la Caisse d’économie solidaire Desjardins et Fondaction le 17 octobre prochain à Montréal.

Louis Favreau. Comme militant et animateur du GESQ depuis sa naissance en 1999, sur le plan international, tu as un parcours de véritable combattant si on part de Lima, Pérou (1997), en passant par Québec (2001), le Brésil du Forum social mondial( en 2005 où l’ESS s’était déployée avec force), puis Dakar 2005 où les groupes de l’Afrique de l’Ouest (et de façon toute particulière le Sénégal) avaient reçu quelques 1200 personnes en provenance de 66 pays sur le thème global de l’ESS dans une perspective internationale Nord-Sud et aujourd’hui le travail du GESQ avec d’autres organisations en direction de Rio 2012, après avoir coordonné une délégation québécoise à Dakar au Forum social mondial en février dernier. Tu es donc bien placé pour faire un bilan de cette décennie de renouvellement de la solidarité Nord-Sud dans le registre des entreprises collectives : qu’est-ce qui la caractérise et surtout que retenir des forces et des faiblesses de l’ESS par delà le discours optimiste qui circule ?

René Lachapelle

L’expérience du GESQ, de Québec 2001 à Luxembourg 2009, est celle d’un passage de l’antimondialisation à l’altermondialisation, de l’action citoyenne de résistance à la construction d’alternatives (Fall et alii, 2004). Les actions du GESQ ont été inspirées et ont alimenté la promotion d’une économie sociale et solidaire favorisant la mise en réseaux d’activités économiques contrôlées par les populations marginalisées, de rapports proximité et de réciprocité entre les initiatives du Nord et du Sud et la réclamation de politiques qui soutiennent une approche de solidarité sociale. Au terme de cette décennie, où en sommes-nous ?
Louis Favreau, Gérald Larose et René Lachapelle, Rencontre internationale de Québec, 2001
Danielle Demoustier (France), Humberto Ortiz (Pérou), Adbou Salam Fall (Sénégal), Louis Favreau et Lucie Fréchette (Québec) lors de la rencontre internationale de Dakar 2005

Les initiatives d’économie sociale et solidaire ont connu une mise en lumière significative. Au-delà des débats d’école et de la multiplicité des définitions, il est manifeste qu’il y a maintenant plus de place pour des innovations économiques à caractère collectif et démocratique plutôt que privé et gestionnaire. Pendant que l’échec du libéralisme devient chaque jour plus manifeste, l’émergence, au cours des dernières décennies, de nouvelles coopératives et d’entreprises associatives s’est accompagnée d’une préoccupation de l’économie sociale historique pour raviver la participation de ses membres (Favreau, 2010). Pourtant, le discours dominant n’éprouve aucune gêne à véhiculer ses mythes, il jouit même d’une large audience médiatique alors que l’économie solidaire est présentée comme une alternative pour les pauvres, donc une pauvre alternative.

Les liaisons entre l’ESS et les mouvements se sont affaiblies

Aujourd’hui, les liaisons dynamiques de l’ESS avec des mouvements sociaux qui avaient favorisé son renouvellement sont moins évidentes. Sans faire toutes les nuances qui s’imposent, on peut énoncer quelques constats. Le mouvement des femmes qui a été à l’origine de la remise en valeur au Québec de l’économie sociale durant les années 1990, s’est placé en retrait de la dynamique actuelle. Le mouvement syndical continue à être actif dans les fonds de travailleurs et dans les caisses d’économie, mais il demeure en retrait des coopératives émergentes et ne participe plus aux initiatives de développement local ni à un mouvement de mobilisation. Sa contribution sur ce plan a pourtant été déterminante durant les années 1990. Quant au mouvement coopératif, avec une nuance pour la conférence organisée par le CQCM à Lévis à l’automne 2010, sa discrétion se fait exemplaire sur le terrain politique et dans le débat sur la crise.

L’action communautaire autonome qui a eu une part active dans l’émergence des entreprises associatives est aux prises, pour sa part, avec des exigences de gestion découlant de la politique de reconnaissance acquise au tournant de la décennie (2001) : précarité des emplois en contexte de rareté de la main-d’œuvre, professionnalisation de l’activité et recul de la mobilisation des membres, multiplication des concertations et des approches « intersectorielles » qui sursollicitent les intervenants, etc. L’arrivée marquée des sociétés de gestion créées par la Fondation Lucie-et-André-Chagnon, en partenariat avec l’État québécois, représente un apport financier bienvenu pour certains, mais basé sur le financement de projets plutôt que le financement de base. Cela entraîne une dérive accaparant les organismes dans des processus gestionnaires et suscite la compétition autour de la répartition des ressources. Bref l’idéologie de l’efficacité et ses suites technocratiques ont plus d’importance que la mobilisation autour d’enjeux collectifs.

L’économie sociale associative aussi est aux prises avec les impératifs de gestion des appareils qu’elle a créés. On en vient à docilement tolérer des politiques pourtant destructrices pour l’économie des territoires, comme c’est le cas dans le secteur minier par exemple. La dépendance d’un financement largement public favorise des rapports à l’État de type sollicitation pour les intérêts de l’organisme plutôt que de revendication pour l’intérêt collectif.

Il faut éviter de jeter la pierre à ceux qui au quotidien portent ces choix, car il n’y a aucune évidence stratégique dans le contexte politique actuel. Les actions collectives telles la vive réaction populaire contre la prospection et l’exploitation des gaz de schiste, les manifestations contre les choix budgétaires favorisant la tarification, les réactions à la privatisation des services publics, etc. sont des formes de résistance. Mais l’absence d’organisations capables de maintenir le souffle et de structurer l’action est un indice clair d’un recul du rapport de force.

Les acteurs progressistes de la société civile québécoise non seulement n’arrivent pas à imposer leurs choix, mais ils en sont réduits à limiter les dégâts face à l’absence manifeste de volonté de les entendre de la part de gouvernements conservateurs à Québec aussi bien qu’à Ottawa. Non seulement le temps n’est plus à la coconstruction de politiques progressistes, mais même l’imagination semble ne plus être au rendez-vous. Dans un tel contexte, il est urgent de débattre et d’établir des alliances pour rétablir un rapport de force et rallier les troupes. Le premier impératif est de sortir du « chacun-pour-son-organisation ». C’est une des raisons de notre rencontre du 17 octobre au Centre Saint-Pierre à Montréal.

Sur le terrain international, l’hégémonie du néolibéralisme est aussi manifeste. Le Canada et le Québec sont des États promoteurs du libre-échange, une stratégie dont l’effet est dramatique pour les économies qui n’ont pas les moyens de contrôler les règles des échanges comme c’est le cas dans la majeure partie des pays du Sud. L’Amérique latine se distingue par une majorité de régimes plutôt progressistes, mais toutes les économies du Nord sont aux prises avec une gestion de la crise qui renforce le caractère inégalitaire de la répartition des ressources.

La difficile réciprocité dans la solidarité Nord-Sud

La richesse est au Nord et les moyens des organisations de l’ÉSS aussi. Le GESQ est préoccupé par les fortes inégalités d’accès à la scène internationale entre le Nord et le Sud. Produire des documents et les distribuer, envoyer des délégations à des réunions et des manifestations, avoir accès aux médias et aux gouvernements sont des activités qui exigent des ressources souvent inaccessibles pour la majorité des organisations de l’ÉSS du Sud. Cela menace le caractère démocratique de réseaux internationaux comme le RIPESS.

Lorsque ceux qui ont les ressources prennent le contrôle des opérations au nom de leur capacité d’action, c’est la vitalité démocratique qui en souffre. Les organisations du Sud souffrent des nouvelles règles de l’aide publique internationale qui les privent de moyens essentiels pour agir en parité. Cela pose le défi de mutualiser nos ressources en misant davantage sur la réciprocité dans nos coopérations. Il ne faudrait pas que le leadership revienne uniquement aux organisations capables d’assumer les factures, alors que nous avons besoin d’une solidarité ouverte. À cet égard, nous estimons que le principe d’alternance Nord-Sud doit demeurer déterminant dans la dynamique d’organisation des rendez-vous tenus par des réseaux d’ÉSS. Nous devons assurer une participation équitable des organisations du Sud et une place qui corresponde à leur réalité et non à leurs moyens dans les réseaux de promotion de l’ÉSS.

Louis Favreau. La crise qui traverse cette décennie a un caractère radical (2008 notamment et elle continue comme on l’a vu en cet été 2011). Quelle analyse en faites-vous au GESQ ? Par ailleurs, si la crise n’a pas empêché de très nombreuses initiatives socio-économiques inédites de surgir au Nord comme au Sud, initiatives qui, tout en étant très locales, cherchent à s’internationaliser, en même temps, le rapport de force est très inégal. Comment définir la période qui vient ? Quelles perspectives pour cette deuxième décennie ? Y a-t-il une place pour des liens forts avec d’autres mouvements ou va-t-on continuer d’être centré surtout sur la capacité de lobbying pour produire de nouvelles politiques publiques ? En outre, l’urgence écologique et la crise alimentaire adossées à de nouvelles formes de mobilisation sociopolitique de ces acteurs surtout économiques ne sont-elles pas au cœur de l’influence à bâtir pour peser sur les politiques publiques, ce qu’on imaginait pas il y a à peine 5 ou 6 ans ?

René Lachapelle

La crise du capitalisme mondialisé se présente comme une accumulation de crises qui menacent l’équilibre climatique de la planète et donc les conditions de vie de millions de personnes. La financiarisation de l’économie et le laisser-faire déstabilisent l’économie réelle, bouleversent les sociétés et acculent les populations à de sévères privations. Les inégalités sociales se creusent dans tous les pays et entre les pays du Nord et ceux du Sud. La recherche de la maximisation des profits détruit les systèmes de production alimentaire au point où 1,1 milliards de personnes souffrent de la faim. Voilà pourquoi nous avons tenu une université d’été en 2010 sur cette crise et sur la souveraineté alimentaire. Le diagnostic de cette université d’été d’Orford a été clair : cette crise désorganise la production au point où des millions de personnes se retrouvent sans travail décent, elle stimule la surconsommation, le pillage des ressources et le gaspillage énergétique pour se maintenir. De plus les objectifs de développement convenus à l’échelle internationale ne se concrétisent que partiellement.
panel uété2010
Panel lors de l’Université d’été du GESQ 2010 (Lucie Fréchette, Franklin Midy, Claire Bolduc et François Bourassa)
exterieur uEte2010
Discussions à l’extérieur lors de l’Université d’été du GESQ 2010 (René Lachapelle, Louise Beauchesne et délégation africaine)

La crise alimentaire : l’ouverture d’une contribution de l’ESS

Avec notre université d’été en 2010, nous avons plus clairement que l’ÉSS se présente comme une alternative pour à la fois résister aux forces destructrices et construire des initiatives qui mettent en place une économie à la mesure de chaque localité, de chaque nation et de chaque continent dans le respect des diversités. Ce qui veut dire que la participation de la société civile et la démocratisation des régimes font aussi partie de la solution dans la mesure où elles redonnent aux populations les moyens d’agir sur leurs conditions de vie. Mais les initiatives populaires n’ont pas encore, aux niveaux local, national et international, un écho politique suffisant pour promouvoir un autre développement. Les discours ne suffisent pas, il faut pouvoir établir un rapport de force.

La politique canadienne : la remise en question de plusieurs décennies de coopération internationale commande une révision de nos stratégies

Les choix politiques du gouvernement du Canada s’orientent vers la défense plutôt que le développement. Le militaire et l’humanitaire accaparent la part du lion des budgets et, plutôt que d’augmenter l’aide publique internationale conformément à ses engagements internationaux, le Canada impose des restrictions dans le soutien aux actions de solidarité internationale. Cela provoque une rareté de ressources qui menace l’existence de plusieurs organisations québécoises et canadiennes. Ce virage idéologique menace les acquis de plusieurs décennies de coopération entre les organisations de la société civile en déplaçant l’aide publique internationale d’abord vers la sécurité, notamment les dépenses militaires, et vers les actions intergouvernementales en fonction des nouvelles priorités de la politique canadienne.

L’ÉSS doit donc revoir ses modes d’organisation. Elle représente une des composantes du renouvellement du modèle de développement, mais elle n’a pas dans la crise actuelle la capacité d’influencer les choix politiques à la mesure de ses possibilités. C’est sur le terrain politique qu’elle doit réassumer ses fonctions critiques et mettre à l’ordre du jour le changement du modèle de développement.

Cela passe nécessairement par l’établissement de liens avec les organisations communautaires, coopératives, syndicales, féministes et écologistes qui regroupent des citoyennes et des citoyens actifs. Mais aussi par le développement d’un programme capable de rassembler les revendications sectorielles autour d’enjeux déterminants : la liaison de l’économie et des territoires, développer des alternatives énergétiques durables, privilégier l’agriculture de proximité à des fins alimentaires, renouveler les services collectifs avec la participation des collectivités, contribuer à une mondialisation respectueuse des cultures et qui repose sur des rapports d’équité et de réciprocité.

Louis Favreau. En ce qui concerne l’économie sociale et solidaire québécoise, peut-on parler d’un certain pluralisme dans son développement au Québec comme dans ses engagements internationaux ? Certains considèrent ce pluralisme comme un affront à l’unité derrière une seule et même organisation. Comment vois-tu la chose ? D’autre part est-ce que ce type de mobilisation économique s’accorde/peut s’accorder avec des mouvements sociaux de contestation en provenance du mouvement des femmes, du mouvement syndical et du mouvement écologique dans la construction d’un projet de société et d’une autre mondialisation ?

René Lachapelle

Au Québec, l’économie sociale a de l’histoire. Le mouvement coopératif est capable d’afficher des réalisations impressionnantes et la nouvelle économie sociale issue du mouvement associatif a aussi marqué des points en termes de réalisations. Mais l’ÉSS éprouve des difficultés à vivre avec le pluralisme des formules d’économie sociale et solidaire. Alors qu’en 2006, le Sommet de l’économie sociale avait permis d’espérer des convergences entre les différentes familles de l’ÉSS, nous avons vécu au GESQ en 2009 une déchirante division. Le Chantier de l’économie sociale a quitté le GESQ en revendiquant l’exclusivité de représentation de l’économie sociale tant au Québec qu’à l’international.

Ce geste n’a pas empêché la majorité des organisations membres du GESQ de souhaiter poursuivre leur travail en coalition sur le terrain de la promotion de l’économie sociale et solidaire. Le GESQ continue de miser sur la solidarité de proximité entre ceux qui s’organisent au Nord comme au Sud pour développer des alternatives. Dans le contexte où émergent de nouveaux défis et se définissent de nouvelles orientations, le GESQ estime qu’il y a de la place pour la diversité. C’est un trait distinctif des mouvements sociaux québécois d’être diversifiés et néanmoins solidaires autour d’enjeux collectifs.

L’expérience du mouvement ouvrier québécois a fait la démonstration que le pluralisme des appartenances syndicales n’empêche pas le Québec de connaître un taux élevé de syndicalisation. Ne doit-on pas envisager que cela se vérifie aussi dans le champ de l’économie sociale ? Ce n’est qu’au moment où le pluralisme est reconnu et accepté, qu’il devient possible de créer des alliances respectueuses des caractéristiques de chacun des partenaires. Pour envisager que le Chantier de l’économie sociale et le Conseil québécois de la coopération et de la mutualité fassent alliance face à l’État québécois, il faut réunir au moins deux conditions : ni l’une ni l’autre organisation ne peut revendiquer le monopole de représentation de l’économie sociale québécoise, d’une part, et, d’autre part, il faut établir des rapports de confiance sur la base d’enjeux reconnus d’intérêt commun. À court terme, ces conditions restent à créer.

Nous poursuivons donc nos efforts pour réunir des organisations coopératives, paysannes, syndicales, féministes, écologistes et de solidarité internationale du Québec dans le cadre de démarches de réflexion critique sur les stratégies de l’ÉSS. Après l’université d’été d’Orford sur la souveraineté alimentaire en 2010, nous nous engageons en 2011-2012 dans la préparation de la conférence internationale de l’ONU de 2012, Rio+20. Ces actions seront menées de concert avec le Forum international des dirigeants de l’économie sociale, organisateur des Rencontres du Mont-Blanc. Nous souhaitons provoquer des convergences politiques suffisamment fortes pour que l’ÉSS puisse faire une différence dans la promotion des enjeux de l’écodéveloppement aussi bien sur le plan national qu’aux échelles continentale et internationale.

Louis Favreau. Si on revient sur la dimension internationale, on constate de plus en plus l’existence de plusieurs pôles internationaux en ESS : a) des pôles émergents comme le Forum international des dirigeants de l’économie sociale (organisateur des Rencontres du Mont-Blanc depuis 2004), le RIPESS (organisateur de rencontres continentales et internationales depuis 1997) mais aussi des pôles plus anciens en plein renouvellement comme l’ACI (déclaration de principes et réorganisation par continents en 1995 ; congrès de Genève en 2009). Sans compter des mouvements comme le mouvement paysan, le mouvement syndical et le mouvement coopératif qui ne sont pas sans changer leur vision de l’économie en donnant une place plus importante à sa transformation d’ensemble (Scalvini à Lévis en septembre 2010 par exemple). Quelle vision a-t-on au GESQ de la solidarité Nord-Sud et du développement de ces pôles compte tenu de cette diversité ?

René Lachapelle

Sur ce terrain aussi le pluralisme s’impose. Il ne devrait pas y avoir concurrence, mais recherche des convergences entre les organisations qui développent des réseaux internationaux. Certaines organisations bénéficient de la profondeur et de la capacité d’action que leur donnent leur cheminement historique et la capacité de leurs membres d’agir sur la base de leurs propres ressources. D’autres, comme le RIPESS, sont récentes et confrontées au défi de trouver des ressources ailleurs que dans les poches de leurs parties prenantes. Elles sont donc plus fragiles. Cela n’enlève rien à leur pertinence, mais pose un défi de solidarité.

La diversité des organisations provoque certainement un éparpillement des énergies, mais il permet en même temps d’expérimenter des stratégies porteuses. Par exemple, les Forums sociaux (mondiaux, nationaux, locaux) ont la faiblesse de ne pas permettre d’organiser l’action, mais ils représentent de formidables occasions de manifester la multiplicité des initiatives et d’initier des liens à plusieurs échelles. Ce sont des espaces de convergence importants en dépit de leur inaptitude à établir des stratégies. En complémentarité, l’expertise des structures internationales des mouvements coopératif, syndical, féministe, etc. est importante pour le développement de structures efficaces et respectueuses des différences.

Assemblée de convergence, Forum social mondial Dakar 2011

Au plan canadien, l’État fédéral est un joueur de poids que les Québécois ne peuvent ignorer. La localisation nord-américaine du Québec détermine aussi un rapport de dépendance à l’égard des politiques des USA. La promotion de l’économie sociale et solidaire passe donc par des rapports plus clairs avec les acteurs canadiens et américains qui y sont engagés. Sur ce terrain, il y a du travail à faire pour clarifier les situations et alimenter les débats sur les avenues d’une convergence stratégique qui respecte les différences entre le Québec et les États canadien et américain. La question nationale demeure une importante ligne de démarcation qu’il faut prendre en compte, sans que cela n’empêche la solidarité dans la promotion d’une autre économie. Passage obligé du fait de notre appartenance à cette Amérique du Nord fortement marquée par le néolibéralisme, le développement de solidarités, avec les initiatives progressistes qui s’y déploient, ne doit pas gommer les caractéristiques distinctives de la réalité québécoise. Il y a beaucoup à faire pour que le RIPESS-Amérique du Nord soit vraiment un espace de dialogue interculturel et puisse, de ce fait, apporter une contribution originale au RIPESS.

Pour revenir au travail de solidarité internationale Nord-Sud, elle est déjà présente dans les plans d’action des organismes québécois qui font la promotion de l’économie sociale et solidaire. Le GESQ considère que sa contribution propre est d’interpeler les partenaires québécois pour que la réciprocité Nord-Sud fasse partie de leurs critères d’analyse. La perspective solidaire, c’est d’établir avec les réseaux du Sud des rapports d’apprentissage réciproque et de valorisation des différences comme avenue d’une autre mondialisation. C’est particulièrement important sur le front de l’écodéveloppement : il est essentiel que le point de vue du Sud occupe davantage de place pour que nous comprenions qu’il ne suffit pas de protéger l’environnement, mais qu’il faut en pérenniser l’usage. Les activités économiques destinées à la croissance au Nord sont l’un des facteurs les plus destructeurs des écosystèmes du Sud et ce sont ceux qui en subissent l’impact qui sont les mieux placés pour nous le faire comprendre si nous leur en donnons les moyens.

Pour en savoir plus

Favreau, L. (2010), Mouvement coopératif, une mise en perspective. Collection Initiatives, Presses de l’Université du Québec, Sainte-Foy.

Favreau, L. et E. Molina (2011), Économie et société. Pistes de sortie de crise. Collection Initiatives, Presses de l’Université du Québec, Sainte-Foy.

Fall, A., Favreau, L. et G. Larose (2004), Le Sud… et le Nord dans la mondialisation. Quelles alternatives ?, Collection Pratiques et politiques sociales et économiques, Karthala (France) et Presses de l’Université du Québec (Québec), 385 pages.


Accueil | Contact | Plan du site | |

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Solidarité internationale   ?

Site réalisé avec SPIP + AHUNTSIC

Creative Commons License