Carnet de Louis Favreau
Chaire de recherche en développement des collectivités (CRDC)
Texte paru dans le cahier international de Réseaux de septembre 2005

Coopération et économie sociale : une mise en perspective historique

septembre 2005 par Louis Favreau

Que peut-on retenir de ces différentes pratiques d’internationalisation de l’économie sociale québécoise présentées dans ce cahier international ? Une perspective historique et internationale s’impose ici à notre avis. D’abord une proposition : il existe un lien étroit entre l’économie sociale québécoise et son histoire internationale. Parce que le Québec, bien que disposant de certaines originalités, n’est pas un cas à part. Ensuite parce que le renouvellement de l’économie sociale québécoise s’inscrit comme dans beaucoup d’autres pays dans une mouvance, celle d’un mouvement citoyen international né en ce début de 21 e siècle et dont l’expression la plus visible est le Forum social mondial (FSM).

Des plus récents travaux de recherche sur les entreprises collectives (coopération et économie sociale), on peut dégager les lignes de force suivantes :

  1. Cela fait 150 ans qu’un pan entier de l’économie s’est écarté –à des degrés divers- des lois du marché et de la régulation publique. Cette économie a été périodiquement éclipsée par la vision étatiste des gouvernements. Mais la crise de l’emploi, puis celle de l’État providence ont favorisé sa sortie de l’éclipse de la période des « trentes glorieuses » (1945-1975).
  2. L’économie sociale, tant coopérative qu’associative, est un héritage des classes populaires et des classes moyennes au même titre que le syndicalisme. L’histoire des Pionniers de Rochdale traduit fort bien ce point de vue. Cette première coopérative, fondée en 1844, en banlieue de Manchester, ville par excellence de l’industrie textile du 19e siècle, a produit les principes de base de l’entreprise collective qui inspirent encore aujourd’hui le mouvement international de la coopération et de l’économie sociale.
  3. On assiste dans les 30 dernières années à un renouvellement de la coopération et de l’économie sociale un peu partout dans le monde.
  4. Partout dans le monde tout comme au Québec, l’économie sociale est plurielle (coopératives, mutuelles et associations) y compris dans ses formes nationales de regroupement.
  5. Les entreprises collectives qui évoluent sur le marché sont confrontées historiquement au risque de la banalisation c’est-à-dire devenir des entreprises comme les autres. Mais elles font aussi la preuve que la démocratie ne s’arrête pas aux portes des entreprises.
  6. Les coopératives et les OBNL qui évoluent dans des missions de service public sont de leur côté confrontées historiquement au risque de la sous-traitance. Mais elles font aussi la preuve qu’il est possible de renouveler l’État social au moins au niveau des communautés locales et des régions.
  7. Au plan international, malgré qu’il soit au cœur de l’Amérique du Nord et donc au cœur du néolibéralisme, le Québec fait figure d’exemple d’une société qui n’est pas complètement happée par ce dernier, parce que le Québec a réussi depuis 40 ans à faire cohabiter activement entreprises publiques et entreprises collectives, ce qui donne beaucoup moins de prise à la seule logique marchande et favorise la démocratisation de l’économie.

D’un point de vue plus général et plus politique, la coopération et l’économie sociale font donc partie de l’histoire de gens qui s’associent pour entreprendre autrement, très souvent des dirigeants de mouvements sociaux qui s’aventurent sur le terrain économique qu’ils connaissent sans doute peu ou mal au départ mais qui s’y investissent comme militants qui aspirent à une économie plus équitable en disposant de par leur expérience de qualités indispensables à leur construction : une vision du développement économique et un sens de l’organisation, de la délibération et de la négociation. Nées dans le sillage de mouvements sociaux (paysan, ouvrier, associatif, des femmes, écologique…), ces entreprises ont des fondements éthiques de grande qualité : association de personnes (et non d’actionnaires) ; propriété collective et partage des surplus avec l’ensemble de leurs membres ; fonctionnement démocratique. Telles sont les assises qui garantissent leur intégration dans le patrimoine collectif de nos sociétés.

Pour en savoir plus

Favreau, Louis en collaboration avec Sayouba Ouedraogo (2008), Mouvement coopératif et développement des communautés dans les pays du Sud : Étude exploratoire de l’Alliance coopérative internationale (ACI). Cahier de l’ARUC-ISDC, UQO, Gatineau.

Favreau, L. (2008). Entreprises collectives. Les enjeux sociopolitiques et territoriaux de la coopération et de l’économie sociale. Presses de l’Université du Québec, Collection Pratiques et politiques sociales et économiques. Le chapitre d’introduction (p. 1 à 35) et le chapitre international (p.188 à 226).


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