Carnet de Louis Favreau
Chaire de recherche en développement des collectivités (CRDC)
Texte paru dans le journal RÉSEAUX du mois de septembre 2008 (cahier international)

Les OCI : de nouveau à la croisée des chemins

septembre 2008 par Louis Favreau

La Déclaration de Paris (DP), entérinée en 2005, est un accord des États pour le renforcement de l’efficacité de l’aide au développement. Ce nouveau cadre de l’aide publique au développement (APD) est en voie de modifier fortement les formes de coopération internationale. Cependant, des protestations d’ONG furent prises au sérieux et un Groupe consultatif sur la société civile et l’efficacité de l’aide (GCSCEA) a été mis sur pied et chargé de consulter les OCI. Les OCI ont gagné officiellement de l’espace. Le GCSCEA présentera les résultats de ses consultations lors d’un Forum international qui se tiendra à Accra au Ghana ces jours-ci. Toutefois, les OCI avec les organisations de la société civile au Sud se sont partagées 80 places de délégués sur un total de 800. Les Etats et les bailleurs de fonds se sont accaparés les meilleures places. Analyse d’une situation qui risque de placer les OCI à la croisée des chemins.

Dans le cadre du nouveau paradigme de l’ADP, les gouvernements des pays du Sud ont vocation à déterminer leurs politiques de développement avec la participation active des organisations de leur société civile. Cette appropriation de l’aide devrait en principe ouvrir l’espace politique des OCI. Le risque est pourtant fort que les OCI soient plutôt traitées comme de simples exécutants et non comme des partenaires. Il y a encore un espace politique pour les OCI, mais celui-ci risque de devenir plus encadré et plus restreint. C’est donc pour mieux se faire entendre que les OCI et les organisations de la société civile du Sud organisent une réunion parallèle au Forum d’Accra début 2009. Les OCI et leurs partenaires du Sud vont alors tenter de s’entendre sur une charte, une déclaration de principes, vont réitérer leur rôle et proclamer que l’aide doit avant tout répondre aux besoins des peuples et que ceux qui la reçoivent doivent être engagés à part entière, pas seulement comme exécutants ou bénéficiaires.

Un nouvel environnement difficile pour les OCI

Ici, comme le souligne la directrice de l’Association québécoise des organisations de coopération internationale (AQOCI), Maria Luisa Monreal, « l’évolution des politiques canadiennes en fonction de cet Agenda international de l’efficacité de l’aide (AIEA) constitue désormais un environnement difficile pour les coopérations entre communautés du Nord et du Sud ». Sans compter le renversement de priorités, les fameux trois « D » qui étaient hier « Développement, Diplomatie et Défense », devenues aujourd’hui « Défense, Diplomatie et Développement » comme le diagnostiquent les chercheurs Thède et Tremblay dans une recherche récente (2007).

Dès sa fondation en 1968, l’ACDI avait fait des ONG ses partenaires pour le développement au Sud en cofinançant les projets soutenus par ces organisations. Cette façon de fonctionner a permis de soutenir des projets au Sud et de renforcer leur société civile, non seulement dans les situations de crise, mais également à travers des stratégies de développement durable des communautés. Toutefois, au cours des années 1990, le Trade, Not Aid est devenu une politique de plus en plus explicite dans les orientations de la coopération internationale. Elle s’est accompagnée d’une baisse des fonds. L’aide publique au développement (APD) pour l’ensemble des pays donateurs a en effet diminué dans les deux dernières décennies. Au Canada, l’APD ne représentait en 2004 que 0,27 % du PIB, soit à peine la moitié en termes de pourcentage du 0,53 % du PIB de l’année 1975. Enfin, malgré son importance pour la sécurité alimentaire des pays, l’agriculture, qui était l’une des priorités de l’APD en 1985-86 a presque complètement disparu des priorités.

La Déclaration de Paris de 2005

Au cours des années 1990, la Banque Mondiale a pris les commandes des grandes orientations de l’aide au développement. En mettant l’accent sur la bonne gouvernance et le développement de relations de gouvernement à gouvernement, elle pavait la voie à l’adoption de la Déclaration de Paris. Ce choix pose un sérieux problème quant à la possibilité d’un renforcement effectif de la société civile au Sud, renforcement essentiel à sa démocratisation. La vision sous-tendue par cette décalration relève d’une approche gestionnaire, misant sur la croissance économique et identifiant la bonne gouvernance aux seules structures de l’État. C’est une perspective fort différente de l’approche de développement dédiée à l’amélioration de la qualité de vie et à la démocratie. On y privilégie les « approches-programmes » qui pourraient, si les orientations annoncées se confirment, représenter 66 % de l’APD du Canada en 2010 en comparaison de 20 % actuellement.

Les effets des politiques issues de cette déclaration

L’adhésion du Canada à la Déclaration de Paris a des conséquences pratiques inquiétantes. Les possibilités que cette aide rejoigne les organisations locales des communautés en sortent affaiblies. De plus le financement attribué aux gouvernements du Sud a de fortes chances d’être dirigé vers des organisations s’inscrivant dans la mouvance gouvernementale, réduisant d’autant les possibilités d’une société civile forte. Les impacts de l’adoption de cet agenda se font déjà sentir pour les organisations canadiennes de solidarité internationale dont les ressources financières sont en constante diminution et dont le potentiel d’innovation est compromis par la rigidité des programmes actuels.

Pour en savoir plus :

1) Thède, N. et D. Tremblay (2007), Les ONG canadiennes et québécoises : le rêve d’une innovation sans risques. Cahier de la CRDC, UQO, Gatineau ;

2) Favreau, L., L. Fréchette et R. Lachapelle (2008), Coopération Nord-Sud et développement : le défi de la réciprocité, Presses de l’Université du Québec, Québec


Accueil | Contact | Plan du site | |

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Solidarité internationale   ?

Site réalisé avec SPIP + AHUNTSIC

Creative Commons License