Carnet de Louis Favreau
Chaire de recherche en développement des collectivités (CRDC)
Texte paru dans le journal RÉSEAUX de septembre 2008 (cahier international)

Mouvements paysans : une alternative à la libéralisation agricole

septembre 2008 par Louis Favreau, Chantale Doucet

Que ce soit au Québec ou dans les pays du Sud, les revendications des producteurs agricoles pour le renforcement de leur pouvoir et, par conséquent, pour leur qualité de vie, se font de plus en plus insistantes. Ces revendications pour redonner une autonomie locale à l’agriculture peuvent paraître surprenantes. C’est mal connaître le contexte mondial qui impose ses règles commerciales aux producteurs agricoles par l’entremise de l’OMC. Plus que quiconque, les agriculteurs sont touchés de plein fouet par la mondialisation en cours qui a entraîné la libéralisation des échanges des produits et son internationalisation. Conséquence : les liens entre production et consommation d’aliments sur les territoires ont été rompus. Et nombreux sont les agriculteurs qui s’appauvrissent. Loin de s’atténuer, la crise agricole s’est plutôt aggravée au cours des dernières décennies. Mise en perspective de cet enjeu.

Une crise prévisible

« Cette crise alimentaire était parfaitement prévisible » de dire André Beaudoin, secrétaire général d’UPA Développement international (DI). Et d’argumenter que « la lecture des événements des 20 dernières années en témoigne, tout autant que les multiples avertissements des organisations de la société civile, dont les organisations de producteurs agricoles. Prétendre le contraire représenterait un délit d’initié » affirme-t-il.

Créé en 1993 afin de partager l’expertise des producteurs québécois avec les communautés du Sud, UPA DI travaille aux côtés de nombreuses organisations du Sud pour renforcer les capacités du milieu agricole afin qu’il puisse mieux exprimer ses besoins et exercer les pressions qui s’imposent sur les pouvoirs publics. « L’implication des organisations paysannes et de leurs membres dans la définition et la mise en oeuvre de politiques a démarré partout. Mais le processus est encore lent » affirme Mamadou Cissokho, leader paysan africain et président d’honneur du Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA) et invité de marque de la Conférence internationale de septembre 2008 tenue à l’UQO.

Ces organisations paysannes ont certes permis d’obtenir des gains importants pour l’avancement du secteur agricole et agroalimentaire. Leur pouvoir demeure cependant limité face aux défis que constituent ces enjeux actuels au plan international. C’est ce qui force les producteurs agricoles à se positionner à une autre échelle et à s’insérer dans des réseaux internationaux.

La FIPA, une organisation internationale de premier plan

À ce titre, la Fédération internationale des producteurs agricoles (FIPA), qui regroupe 115 organisations nationales d’agriculteurs en provenance de 80 pays, est la plus importante organisation internationale de ce secteur. Miroir des préoccupations des organisations de producteurs agricoles, elle travaille à créer des passerelles avec les organisations internationales en jouant tout à la fois sur les registres économique et politique.

Dans cette perspective, la FIPA a entrepris un virage au cours des dernières années en instaurant une nouvelle structure d’adhésion plus accessible pour les pays du Sud. Pour soutenir les capacités de ces nouveaux membres du Sud devenus majoritaires et renforcer les collaborations entre les pays du Sud et du Nord, huit organisations de coopération internationale appartenant à des organisations de producteurs agricoles, dont UPA-DI, se sont regroupées en 2002 pour former AgriCord dont la présidence est assumée par Laurent Pellerin, président sortant de l’UPA.

L’agriculture est à nouveau un catalyseur des luttes tant du Nord que du Sud : outre sa fonction productrice, elle est au cœur des problématiques alimentaires (sécurité alimentaire), environnementales (gestion durable des ressources naturelles et conservation de la biodiversité) et à la base du développement socio-économique (création d’emplois) des territoires.« Aucun autre secteur ne contribue ainsi au bien-être de l’humanité » affirme David King, secrétaire général de la FIPA dans le bulletin de l’organisation, Agriculteurs du monde. André Beaudoin, Mamadou Cissokho et Laurent Pellerin étaient parmi les conférenciers de la Conférence internationale de l’UQO les 24 et 25 septembre 2008.

Pour en savoir plus :

1) Doucet, C. et L.Favreau (2008), Mouvement paysan et développement des communautés dans les pays du Sud : Étude exploratoire de la Fédération internationale des producteurs agricoles. Cahier de l’ARUC-ISDC, UQO, Gatineau ;

2) Développement et Paix (2008), La faim et le profit, crise du système alimentaire. Document, juin (disponible sur le site en développement international de la CRDC : www.uqo.ca/ries2001).


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