Carnet de Louis Favreau
Chaire de recherche en développement des collectivités (CRDC)
Paru dans le journal RÉSEAUX de septembre 2008 (cahier international)

Vers un mouvement citoyen international ?

Y a-t-il un mouvement planétaire naissant issu d’organisations et de réseaux locaux et nationaux qui s’internationalisent ? Si oui quelle est son influence réelle pour favoriser la solidarité Nord-Sud ? De quel type d’organisations est-il composé ? Qu’est-ce qui le caractérise ? Quel avenir a-t-il devant lui ? Comment les organisations internationales plus anciennes de travailleurs, de paysans et de coopérateurs se positionnent-elles dans ce mouvement au côté des nouveaux réseaux de groupes de femmes, de commerce équitable, de protection de l’environnement, d’économie sociale et solidaire etc… ? Le Forum social mondial et d’autres réseaux de ce type sont-ils à la hauteur des ambitions qu’ils mettent de l’avant ? Un débat en séance de clôture portait sur ce sujet lors de la conférence internationale de Gatineau les 24 et 25 septembre prochain.

Forum social mondial et nouveaux réseaux internationaux

Le Forum social mondial (FSM) est un espace de débat démocratique d’idées, d’approfondissement de la réflexion, de formulation de propositions, d’échange d’expériences et d’articulation de mouvements sociaux, de réseaux, d’ONG et autres organisations de la société civile qui s’opposent au néo-libéralisme et à la domination du monde par le capital et par toute forme d’impérialisme comme l’affirmait Chico Whitaker un des cofondateurs brésiliens du FSM lors de sa visite, à l’invitation de Développement et Paix, à Montréal l’an dernier. À la première rencontre mondiale de 2001 a succédé un processus mondial de recherche et de construction d’alternatives aux politiques néo-libérales. Cette définition est inscrite dans la « Charte des principes du Forum social mondial ».

Le Forum social mondial se caractérise également par sa pluralité et par sa diversité. Il n’est ni confessionnel, ni gouvernemental, ni partisan. Il se propose de faciliter l’articulation, décentralisée et en réseau, d’associations et de mouvements engagés, tant au niveau local qu’international, dans des actions concrètes de construction d’un autre monde, sans prétendre pour autant incarner une instance représentative de la société civile mondiale. Le Forum social mondial n’est ni une association, ni une organisation mais une toile internationale de réseaux. D’autres initiatives sont nées dans la même période quasi simultanément comme ce fut le cas de la Marche mondiale des femmes et le Réseau intercontinental de promotion de l’économie sociale et solidaire (RIPESS).

La Marche mondiale des femmes
La Marche mondiale des femmes (MMF) est un réseau mondial d’actions sur la condition des femmes rassemblant près de 6 000 groupes de la base issus de 163 pays et territoires. Ces groupes agissent pour éliminer la pauvreté et la violence envers les femmes. Les valeurs de la MMF sont fondées sur l’égalité, la liberté, la solidarité, la justice et la paix. Elles s’articulent autour de la mondialisation des solidarités, la diversité, le leadership des femmes et la force des alliances entre femmes et entre mouvements sociaux.


Née du désir de rassembler les femmes du monde autour d’un projet commun, la Marche, initiative venue du Québec, s’est rapidement imposée comme un mouvement mondial après l’organisation de la Marche des femmes en l’an 2000 où elle a donné au mouvement l’occasion de se manifester, de se faire entendre dans des sphères où il navigue rarement.


« Nous avons réussi, en l’an 2000, à faire résonner nos pas et nos voix comme il a été peu donné au mouvement des femmes de le faire » affirment les responsables. Pour y arriver, une méthode toute simple, déjà éprouvée, qui consiste à créer une occasion pour que les femmes puissent se parler, se raconter, trouver le fil conducteur et agir ensemble. Avec la Marche mondiale, les femmes ont élargi leur réseau d’influence les unes envers les autres mais aussi vis-à-vis les décideurs le plus proches ou ceux bien à l’abri des regards dans des institutions comme l’ONU, la Banque mondiale ou le Fonds monétaire international.

Mais il n’y a pas que de nouveaux réseaux. Dans plusieurs secteurs préexistaient des mouvements internationaux aujourd’hui actifs au sein du mouvement citoyen international, mouvements qu’on ne saurait sous-estimer et avec lesquelles les nouveaux réseaux devront compter d’une manière ou de l’autre. Ces organisations sont par ailleurs en plein processus de transformation que ce soit les organisations de travailleurs avec la constitution d’une nouvelle centrale syndicale internationale, la CSI, les organisations paysannes de producteurs agricoles comme la Fédération internationale des producteurs agricoles (FIPA) et la Via Campesina ou le mouvement coopératif avec l’Alliance coopérative internationale (ACI).

Coopération Nord-Sud : les défis de la mondialisation

Face à l’offensive néolibérale, le défi est de multiplier les échelles d’intervention (locale, régionale et fédérative, nationale et internationale) et d’en tenir compte pour passer d’un travail plus micro d’organisation au plan local à un travail plus macro qui permet d’agir sur les pouvoirs à l’échelle nationale et internationale.

Les organisations qui disposent d’une certaine expérience affirment de plus en plus la nécessité d’une organisation mondiale des solidarités, en d’autres termes, des lieux d’articulation collective des projets et des propositions d’une mondialisation équitable ; des lieux qui permettent de façon plus soutenue que maintenant de mieux comprendre les enjeux, d’analyser les expériences qui réussissent, de formuler des projets nouveaux, de faire circuler les informations de manière plus systématique, etc. C’est dans ce sens qu’au Québec, des réseaux comme l’AQOCI et le GESQ et des OCI comme Développement et Paix conçoivent leur travail et soutiennent la mise sur pied d’initiatives internationales comme la Marche mondiale des femmes (MMF) ou le Réseau intercontinental de promotion de l’économie sociale et solidaire (RIPESS).

En 2005, dans le cadre de mon engagement au GESQ, l’occasion m’a été donnée de participer au Forum social de Porto Alegre au Brésil. Ces deux postes d’observation que sont le RIPESS et les forums sociaux mondiaux ont tour à tour alimenté mes travaux sur cette question. Les conférences internationales sur les questions de développement et de démocratie au Sud (en 2003 et 2008) que la CRDC a organisé à l’Université du Québec en Outaouais ont également servi de points d’appui pour mener une série de travaux de recherche sur le développement international (note de carnet, janvier 2009).

Pour en savoir plus :

l’article d’introduction à l’ouvrage Favreau, L., G.Larose et A-S Fall, Altermondialisation, économie et coopération internationale, ouvrage paru aux PUQ (Québec) et chez Kartala (France), p. 1 à 21.


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