Carnet de Louis Favreau
Chaire de recherche en développement des collectivités (CRDC)
Derrière l’actualité comment déceler les défis qui nous attendent et les alternatives qui prennent forme ?

Une rétrospective de quelques bons coups de l’année 2016

mercredi 7 décembre 2016 par Louis Favreau

Les grands médias nous entretiennent à plus soif du grand désordre du monde (terrorisme, crise des réfugiés, conflits armés...). Le tout en période où est ressenti un grand vide d’horizon collectif digne de ce nom. Comment ne pas désespérer ! Ce n’est là que l’avant-scène. Peut-être assistons-nous en arrière-scène à un renouvellement silencieux des mouvements sociaux. Des centaines de milliers d’initiatives changent le monde depuis trois décennies un peu partout sur la planète (Manier, 2014). Mais on ne les voit pas : c’est la face cachée des choses.

Nous avons donc exploré les quelques bons coups de l’année 2016 en prenant cinq portes d’entrée distinctes : 1) première porte d’entrée, de quelle façon l’écologie intervient-elle dans nos sociétés aujourd’hui, surtout au Sud ? 2) Deuxième porte d’entrée toujours d’actualité, le développement des communautés : ses approches ont-elles changé et comment ? 3) Troisième porte d’entrée, un projet qui monte et qui peut faire changer l’échelle nos coopérations, celui des entreprises collectives et de la finance solidaire au service du développement des pays du Sud : sommes-nous au début d’une nouvelle forme de solidarité avec le Sud après 40 ans d’une coopération d’abord et avant tout nourrie par le financement public ? 4) Quatrième question : que font les mouvements sociaux relativement bien organisés dans tout çà, tout particulièrement ceux engagés dans l’enjeu majeur de l’agriculture et de l’agroalimentaire ? 5) Et au final, question récurrente mais combien d’actualité : comment passer du secours d’urgence au développement dans la durée dans nos solidarités internationales ?

Dans ce billet, nous rendons compte d’un travail de recherche conjoint de la CRDC et du Fonds Solidarité Sud pour relever à travers l’actualité de 2016 quelques-unes de ces « révolutions tranquilles » qui changent le monde mais dont les médias ne parlent presque jamais tous centrés qu’ils sont sur nos malheurs collectifs. Nous avons retracé une vingtaine d’initiatives fortes qui dessinent les contours d’un futur possible sans agiter les peurs et les catastrophes. Trois fils conducteurs : a) considérer que « la lutte contre les inégalités sociales et la lutte pour répondre aux défis écologiques, c’est le même combat » nous dit Laurent et Pochet (2015) dans leur petit ouvrage sur la transition sociale-écologique ; b) prendre en compte que la plupart des enjeux d’aujourd’hui dépassent largement le cadre national (climat, pollution, alimentation, migrations...) ; 3) prendre le Québec et la planète par le grand angle Nord-Sud.

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« La transition écologique, un beau projet politique », l’économiste Gaël Giraud
...Il est possible de construire des sociétés résilientes aux désastres qui nous attendent... Réagir passe donc d’abord par la transition écologique, un formidable projet politique et social...On a devant nous un projet qui donne du sens...un projet créateur d’emplois...qui peut organiser de la polyagriculture paysanne, ...qui peut aménager le territoire autour de petites villes...qui peut mettre en route une économie de circuits courts...une mobilité verte de transports collectifs...un verdissement des processus industriels et agricoles...

Gaël Giraud, économiste en chef de l’Agence française de développement, extraits d’une entrevue pour l’OBS, semaine du 18 au 24 août 2016, p.54 à 57

http://tempsreel.nouvelobs.com/planete/20160819.OBS6580/la-transition-ecologique-est-un-beau-projet-politique-pourquoi-hesiter.html

1. Écologie politique et environnement : que nous réserve l’avenir ?

Les énergies renouvelables sont l’avenir de l’Afrique. C’est l’option la moins chère

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L’Afrique est aux prises avec un immense problème quant à ses sources d’énergie. À côté de la biomasse traditionnelle, le bois de feu, qui est une catastrophe écologique (la déforestation), la faible consommation d’électricité est un révélateur de la fracture énergétique sur presque tout le continent. À peine 40 à 50% des ménages, des entreprises et des services sont couverts en Afrique de l’Ouest notamment. Et encore là hors les villes…. c’est le désert annoncé. Ce manque d’accès est un frein énorme au développement : aujourd’hui étudier, s’informer, faire tourner un atelier de production, un centre de santé, un petit commerce ou un entrepôt des produits d’une récolte... coûte très cher en pétrole et/ou en bougies. Solution moins coûteuse et écologique : le solaire, l’hydraulique, l’éolien...La bonne nouvelle : aujourd’hui, les renouvelables sont l’option la moins chère nous révèle le journaliste Antoine de Ravigan, chiffres à l’appui. Nos projets de coopération ne peuvent échapper à ce marqueur stratégique où l’économique, le social et l’écologique sont très fortement associés.
http://www.alterecoplus.fr/energies-renouvelables-lavenir-de-lafrique/00012587

Changements climatiques : le secteur agricole doit bouger, avertit l’ONU

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De un, l’agriculture est une victime majeure du réchauffement climatique, particulièrement dans les pays du Sud. De deux, une certaine agriculture, l’agriculture industriellement intensive, est une des sources de ce réchauffement climatique. Que faire ? À tout le moins viser l’intégration sur les fermes entre culture, élevage et plantation d’arbres. Problème important à l’horizon, les millions de petits producteurs agricoles n’ont qu’un faible accès au crédit pour améliorer l’irrigation de leurs terres, développer des cultures variées et des semences paysannes. Au coeur du processus : des groupements paysans, des coopératives agricoles, des OCI du Nord qui ont l’expérience pertinente. Cette dernière coordonnée, ce rapport de la FAO ne l’avance pas. Mais cette organisation internationale qui a mené le jeu lors de l’Année internationale de l’agriculture familiale en 2014 s’était faite interpeller par des organisations paysannes qui lui avaient bien fait comprendre la chose. Ce qui a amené cette année-là leur reconnaissance.
http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/482464/changements-climatiques-le-secteur-agricole-doit-se-transformer-avertit-l-onu

En Afrique de l’Ouest le danger des dangers, c’est le changement climatique : la transition agro-écologique vient à la rescousse des groupements paysans qui s’en emparent

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Une partie de la solidarité internationale du Québec, celle par exemple d’UPA DI (syndicalisme agricole), ou de SOCODEVI (coopératives agricoles et forestières) ou du Fonds Solidarité Sud et de quelques autres de même qu’une partie de la coopération française de proximité (Terre solidaire entre autres), y est solidement engagée. Le filon directeur, c’est la transition agro-écologique. Et le coeur de cette mobilisation, le mouvement paysan.
http://ccfd-terresolidaire.org/projets/afrique/au-sahel-le-programme-5135

Une agriculture écologiquement intensive au Nord et au Sud : c’est possible !

« Il y a de 20 à 25 millions d’exploitations dans le monde, qui font de l’agriculture industriellement intensive, ce qui représentent 30 à 40% de la production mondiale. Mais cette exploitation vit présentement une hausse des coûts de l’énergie, génère beaucoup de gaz à effet de serre, est dommageable pour la biodiversité et entre dans une phase de rareté » nous disait Michel Griffon, cet agroéconomiste français de réputation internationale, lors des Rencontres du Mont-Blanc (RMB) de 2011 à Chamonix où la CRDC était présente pour y faire la conférence d’ouverture. Puis d’ajouter : « Il y a deux milliards 400 millions de petits exploitants peu mécanisés, ne disposant pas d’un régime sanitaire adéquat, peu productive et dont l’enjeu est d’accroître leurs rendements ». C’est là un enjeu central de notre coopération internationale : comment nourrir l’humanité aujourd’hui ? Les organisations paysannes sont au coeur de cette mêlée. 20 minutes d’entrevue avec l’agroéconomiste concepteur de cette notion, Michel Griffon, ex-directeur scientifique du CIRAD dans un billet du blogue de la CRDC : http://jupiter.uqo.ca/ries2001/carnet/spip.php?article85 (au milieu du billet)

Une Grande Muraille verte, 15 km de large et 7 600 km de long : le grand défi de 12 pays africains

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Lors de sa venue au Québec à l’automne 2015, le sociologue sénégalais, Sambou Ndiaye - que la CRDC et le Fonds Solidarité Sud avaient invité - nous confiait son inquiétude et son espoir dans le combat écologique majeur de son pays et d’une douzaine d’autres aux prises avec la désertification. Le journal Le Monde raconte le long combat de ces pays et de leurs communautés. On comprendra pourquoi le Fonds Solidarité Sud y appuie une des organisations paysannes de son pays, le Sénégal.
http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/04/19/la-grande-muraille-verte-trace-doucement-son-chemin-au-senegal_4904682_3212.html?utm_medium=Social&utm_source=Facebook&utm_campaign=Echobox&utm_term=Autofeed#link_time=1461056227

Faim et changement climatique : une même combat ?

Quand on apprend que 70% des cultures de la prochaine décennie vont être sérieusement affectées par le changement climatique, on se doute bien que cela constitue un fardeau supplémentaire pour la sécurité alimentaire. 24 ONG françaises, quelques-uns de leurs partenaires du Sud et des groupes écologistes ont fait une déclaration commune exemplaire à ce propos cette année.
http://ccfd-terresolidaire.org/infos/souverainete/cop21-accord-climat-de-5052

L’UGPM et l’énergie solaire : une organisation paysanne organise l’électrification des 90 villages de ses membres

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L’UGPM est une organisation paysanne sénégalaise. Région de Thiès à 2 heures de route de la capitale. 5 000 membres (à 60% des femmes). Naissance : 1985. Priorité : se donner des outils collectifs. Ce fut d’abord une caisse d’épargne et de crédit, puis une coopérative de commercialisation collective de leurs produits, puis un atelier de production de panneaux solaires qui a permis d’électrifier en 10 ans 90 villages de la région (soutenu par un prêt d’une société française d’investissement solidaire, la SIDI). L’UGPM a également un système de prêts rotatifs pour améliorer l’exploitation des fermes de leurs membres suite à une formation technique et citoyenne soutenue par l’UPA DI. Et plus récemment un service collectif de semences certifiées (adieu Montsanto !) beaucoup plus résistantes au changement climatique soutenu par le Fonds Solidarité Sud.
http://www.oikosblogue.com/?p=8461

2. Quel développement des communautés aujourd’hui ? Durable et intégré !

Un million d’initiatives qui changent le monde

Dans la foulée du film documentaire Demain sorti au Québec au début de l’année, voici un livre qui rend compte de centaines de milliers d’initiatives citoyennes, au Nord comme au Sud. Des initiatives qui remettent à flot de petites et moyennes entreprises en difficulté, plongent dans la construction d’habitats coopératifs, créent des banques communautaires ou coopératives, démarrent des ateliers de réparation, aident à régénérer des écosystèmes. Le tout sert en bout de ligne à rétablir des économies locales en perte de vitesse ou rendre des communautés autonomes grâce aux énergies renouvelables. Derrière tout çà des citoyens comme nous tous qui, à leur façon, façonnent une nouvelle planète. Avec un certain idéalisme - il en faut ! - mais assez souvent avec lucidité - il en faut aussi !- en évitant de se cantonner dans le micro-projet. C’est à Bénédicte Manier, journaliste à l’AFP depuis 1987, que nous devons cet ouvrage, elle qui a parcouru nombre de pays pendant des années et observé la montée de ces « révolutions silencieuses ». Son livre nous permet de saisir la dimension mondiale de ces alternatives qui foisonnent depuis trois décennies et ne cessent de se développer.
http://alternatives.blog.lemonde.fr/2012/11/28/ce-million-de-revolutions-tranquilles/

Développement communautaire intégré en Haïti

Le bilan de l’aide canadienne en Haïti n’était pas tout noir. La conclusion tirée d’un récent bilan gouvernemental est à l’effet que les points forts de cette aide étaient le développement dans les communautés de services de santé et d’éducation de même que le renforcement des économies locales, notamment par une production alimentaire à petite échelle qui suppose cependant l’organisation des paysans. Des OCI québécoises participent de cette dynamique à Labrousse (50 000 habitants), communauté engagée dans un processus de développement communautaire intégré conçu et réalisé dans la durée, ce qui aura donné naissance à une fédération de groupements paysans en 2014. Description par le porte-parole du partenaire haïtien
http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/378372/labrousse-un-exemple-de-developpement-signe-fodes-5

Le Pérou, les mines, les révoltes sociales et l’organisation des communautés

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Cet article du journal Libération repris par le Devoir nous fait voir toute l’importance qu’a pris la monoculture de l’extraction minière dans ce pays - sa montée et son déclin sur une décennie - mais aussi comment des associations comme Ammupa font tout pour sortir de ce bourbier. En lisant cet article, on se dit que les OCI québécoises qui soutiennent des projets d’organisations paysannes, de coopératives agricoles et des associations de femmes dans plusieurs régions de ce pays ont bien raison de le faire.
http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/472753/le-perou-croyait-pourtant-tenir-un-bon-filon

3. Mouvements sociaux : organisations paysannes et syndicalisme international des travailleurs

Burkina-Faso : les organisations paysannes ont gagné. Monsanto plie bagage

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En avril de cette année, les paysans et le gouvernement du Burkina-Faso avaient pris la décision de couper le cordon de la tentation chimique de leur filière du coton, version OGM-Monsanto. Il y a mieux ! La nouvelle d’octobre dernier tirée de la revue Jeune Afrique est que Monsanto plie définitivement bagage. Après 15 ans d’essais, les paysans en avaient assez : mauvais rendements et mauvaise qualité de la fibre. Fait à noter : cette multinationale avait fait du Burkina-Faso le laboratoire africain des OGM. Les Burkinabés, paysans et gouvernement ensemble, gagnent sur toute la ligne d’autant plus que la récolte de 2016 s’annonce excellente et sera estampillée « sans OGM ». Comme quoi il y a des batailles qui peuvent paraître à première vue vraiment perdues d’avance, mais qui peuvent être gagnées.
http://www.jeuneafrique.com/mag/361768/economie/burkina-faso-monsanto-plie-bagage/

Des groupements paysans au Sud se dotent de systèmes de prêts rotatifs pour leurs membres

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Pour soutenir la production, la mise en marché collective de leurs produits et d’autres services à caractère économique (services semenciers, accès à l’électricité à partir du solaire...), il faut avoir accès au crédit. Or cet accès est extrêmement difficile, ce qui explique la faiblesse des activités génératrices de revenus qui confinent les paysans à une agriculture de subsistance et à la pauvreté. Piste de solution : des fonds rotatifs mis à la disposition des exploitations sous forme de prêts remboursables. Mais il y a plus et mieux. Un court article déplie la chose, entre autre par un exemple tiré d’un partenariat avec des groupements paysans sénégalais.
http://www.upadi-agri.org/communication-et-documentation/nouvelles/terres-a-terres/changer-dechelle-financiere/

23 000 petits producteurs du Mali engagés depuis quelques années dans l’agro-écologie

Récit en moins de 1000 mots du délégué général de Terre solidaire (une des plus pertinentes organisations françaises de solidarité internationale) de retour du Mali où cela est en train de se réaliser, la région des Kayes. Terre solidaire dispose de la SIDI, un outil financier fournissant depuis 30 ans des prêts et garanties de prêts à des entreprises collectives dans des communautés du Sud. Ce qui a stimulé cette initiative de petits producteurs maliens.
http://ccfd-terresolidaire.org/projets/afrique/mali/au-mali-plusieurs-5202

Groupements paysans au Burkina-Faso : 3500 producteurs et productrices luttent contre la désertification et pour le développement d’une agriculture écologique

Une vidéo d’une dizaine de minutes qui nous fait découvrir des projets de coopération paysanne novateurs, mis en place dans une région du Burkina Faso aux portes du désert. Des projets qui permettent de favoriser la sécurité alimentaire, freiner le déboisement et produire du biogaz, une énergie renouvelable. Une coopération québécoise qui a permis d’améliorer les conditions de vie de ces habitants.
http://canalsavoir.tv/videos_sur_demande/beau_temps_mauvais_temps

Le syndicalisme est-il engagé dans la transition écologique de l’économie ? Le point de vue de la CSI

Entre la crise climatique, la montée en puissance des entreprises multinationales et les bouleversements géopolitiques, le mouvement syndical international est confronté à de nouveaux défis. La Confédération syndicale internationale (CSI), née en 2006 à Vienne d’une « fusion » des trois familles syndicales existantes (social-démocrate, chrétienne et communiste) regroupe plus de 300 organisations syndicales dans 162 pays et territoires. Le CTC et la CSN en sont les membres canadiens. Sharan Burrow, secrétaire-générale de la CSI depuis 2010, a accepté de répondre à quelques questions de l’Observatoire français des multinationales en mars dernier. La transition sociale-écologique est à l’ordre du jour.
http://multinationales.org/Sans-plan-de-transition-serieux-les-entreprises-deviendront-vulnerables-et

4. Entreprises collectives et finance solidaire ou communautaire

Économies de proximité au Sud : la finance solidaire est un levier

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Au Sud, cette pratique existe depuis longtemps mais c’est à la fin des années 1990, que le succès du micro-crédit a ouvert la porte au développement de la micro-finance laquelle englobe toute une gamme de services financiers à destination des communautés concernées : épargne, crédit, assurance, systèmes de prêt rotatif, fonds d’investissement dédiés aux PME locales…Introduction à la bête.
http://www.oikosblogue.com/?p=16656

L’énergie, l’agriculture et l’emploi sont les vraies priorités de l’Afrique

Jean-Louis Roy, à sa manière, va dans la même direction qu’un certain nombre d’OCI au Québec : il nous faut, dit-il, des fonds dédiés au développement de petites et moyennes entreprises en Afrique, l’Afrique dont la jeunesse est carrément sous-employée qu’elle soit très diplômée, diplômée ou semi-diplômée. D’où la migration vers les villes...ou vers l’Europe, une migration cul-de-sac. La création d’entreprises – surtout collectives quant à nous – adossée à des fonds dédiés à la manière des fonds de travailleurs d’ici est un impératif de premier ordre dans notre solidarité internationale
http://www.ledevoir.com/politique/canada/484615/sommet-de-madagascar-ottawa-doit-elaborer-un-fonds-francophone-pour-la-creation-d-entreprises-en-afrique

L’angle mort de notre coopération internationale : avons-nous des outils financiers autres que ceux du financement public ?

Le soutien à des communautés du Sud, notamment pour financer leurs infrastructures économiques locales (accès à l’eau et à l’électricité par exemple), commande d’être accompagné d’un financement par prêts. L’avenir de notre solidarité internationale reposera de plus en plus sur cette association complémentaire du prêt et du don. Et sur une plus grande autonomie de financement des OCI. Y a-t-il des expériences qui vont dans ce sens ailleurs ? Oui et à quelques-uns -UPA DI, le Fonds Solidarité Sud, la CRDC et DSI CSN- nous avons suggéré la création d’un groupe de travail au sein de l’AQOCI. Après plus d’un an de travail, une proposition a été voté à l’unanimité lors de l’AGA 2015 et à nouveau à son assemblée de juin dernier : un fonds d’investissement solidaire dédié aux entreprises collectives de communautés du Sud. Dans le cadre de nos recherches à la CRDC, nous étions tombés sur l’expérience française de la SIDI. Récit de 30 ans de pratique de finance solidaire de la coopération française dans le Sud qui inspire ce projet. Voir le court billet suivant : http://www.oikosblogue.com/?p=16283

Une finance communautaire au Burkina-Faso : 1100 mutuelles rassemblant 20 000 familles

1100 mutuelles de solidarité (MUSO) dans 23 provinces du Burkina-Faso rassemblant 20 000 familles (c’est plus de 100 000 personnes) ont été mis sur pied dans un travail de coopération Nord-Sud qui aura duré une décennie. Au coeur du projet une association qui les regroupe, l’ASIENA (animée surtout par des femmes) et un fonds de développement français dédié au développement des communautés du Sud, la SIDI, dont le dernier prêt à l’ASIENA a été de $450 000 euros sur trois ans. Micro-crédit oui, pourvu qu’on n’en sorte ! D’abord en changeant d’échelle d’intervention ! Ensuite en modifiant notre coopération Nord-Sud qui ne fait plus dans la seule subvention mais s’inscrit dans des programmes de prêts à la bonne hauteur et dans la durée. L’AQOCI avec UPA DI, DSI CSN, FTQ internationale, le Fonds Solidarité Sud et quelques autres y travaillent. Pour en savoir plus sur l’expérience burkinabé
http://www.sidi.fr/2015/10/16/la-finance-communautaire-au-pays-des-femmes-integres/

5. Nos solidarités internationales après l’Accord de Paris

Solidarité internationale : du secours d’urgence au développement dans la durée. Le point de vue de Samantha Nutt dans son plus récent livre

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Débat : peut-on aller au delà des crises humanitaires et comment ? À la CRDC nous avançons, contrairement à l’idée reçue, qu’il n’y a pas nécessairement de continuité entre la logique de la compassion (l’aide humanitaire) et la logique de la solidarité. Même que l’une peut nuire à l’autre comme par exemple si on envoie du riz dans un pays lors d’une récolte manquée suite à une sécheresse ou une inondation sans soutenir les organisations paysannes locales pour relancer leur production. Deuxième considération : l’aide humanitaire bouffe presque tout en termes de financement et de ressources humaines car « elle reçoit plus d’argent qu’elle peut en dépenser pour répondre à une catastrophe tandis que les organisations qui ne participent pas aux opérations doivent composer avec des budgets misérables » nous dit Samantha Nutt dans son livre de 2014. Qui est-elle pour s’autoriser à le dire avec une telle rudesse ? Sortie de l’école de médecine en 1995, elle fait depuis plus de 20 ans de l’aide humanitaire aux quatre coins de la planète. Elle en conclue aujourd’hui qu’il « faut s’éloigner des opérations de secours coûteuses et à court terme...pour s’attaquer aux problèmes et lacunes chroniques ». Et d’ajouter que « les projets qui portent leurs fruits sont ceux qui ont placé les communautés et leurs organisations au coeur de ce processus afin de trouver des solutions » (p.162-163). Comme quoi il faut choisir là comme ailleurs les OCI les plus porteuses d’une action collective durable ! Car toutes les actions que l’on mène en la matière ne se valent pas...contrairement encore là à l’idée reçue.
http://www.editionsboreal.qc.ca/catalogue/livres/guerriers-impossible-2395.html

Après la COP21 et l’accueil des réfugiés, quelle solidarité internationale ?

Article paru dans Le Devoir du 29 décembre 2015, rubrique Idées, par Louis Favreau

L’économique, le social et l’écologique se télescopent dans une crise qui n’en finit plus. L’impensé politique de cette crise globale jusqu’à la conférence de Paris sur le climat vient d’être levé. Sa composante écologique est en voie de devenir pour tous le principal marqueur de la situation mondiale.
http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/458932/apres-cop-21-et-l-accueil-des-refugies-quelle-solidarite-internationale

Le développement et le climat sont indissociables dans la coopération canadienne avec le Sud

Article dans le Devoir du 1er août 2016, rubrique Idées par Louis Favreau et Francine Néméh

...L’urgence écologique croisée avec les inégalités sociales est aujourd’hui la question centrale d’une future politique d’aide internationale tant pour les organisations de coopération internationale (OCI) que pour les pouvoirs publics...
Dans la mouvance de cette COP21, les OCI d’ici vont dans la prochaine décennie donner une place plus importante, dans leurs partenariats avec le Sud, à la transition sociale-écologique de l’économie...

http://www.ledevoir.com/politique/canada/476743/cooperation-internationale-pour-sortir-des-annees-de-plomb-du-gouvernement-harper

En guise de conclusion

Le succès d’un film comme Demain qui a marqué les esprits témoigne de notre capacité à agir en n’attendant pas tout des États et de leurs politiques. Chacun a des moyens d’agir pour changer le cours des choses. La communauté locale, la région et le gouvernement local sont souvent l’échelon d’action privilégié comme nous le montre très bien la journaliste Bénédicte Manier de l’Agence France Presse (AFP) dans son ouvrage Un million de révolutions tranquilles qui a inspiré Demain. Cependant un des problèmes que nous avons, c’est que ces initiatives peinent à traverser les institutions, les médias et les partis politiques. Fédérer les initiatives et peser sur les politiques publies sont deux défis majeurs de la période en cours. Small is beautiful... but not enough !

Pour en savoir plus

À paraître en février 2017

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Favreau, L. (2017), Mouvement communautaire et État social, le défi de la transition social-écologique, PUQ, Québec.

Après 50 ans d’existence, la plupart des travaux de recherche conviennent que le mouvement communautaire a eu une contribution sans équivoque au développement d’un État social au Québec. Aujourd’hui il est cependant à un tournant, certains parlant même de crise. Quel est son avenir ? Peut-on encore espérer son apport au renouvellement de cet État social lui-même en crise ? A-t-il une capacité d’initiative face aux menaces écologiques qui pèsent sur notre société et tout particulièrement sur la santé et la sécurité de milliers de nos communautés (forte pollution des quartiers populaires, pipelines sur des centaines de kilomètres, trains de matières dangereuses...) ? L’atteinte à la santé des enfants et des personnes âgées dans les quartiers populaires n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. C’est sans compter que le Québec tout entier pourrait devenir une des grandes autoroutes des énergies fossiles en Amérique du Nord. Telles sont les questions abordées par cet ouvrage à la lumière des meilleurs travaux de la décennie.


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