Carnet de Louis Favreau
Chaire de recherche en développement des collectivités (CRDC)

Histoire, fondements et défis actuels de l’action des OCI du Québec

lundi 4 avril 2016 par Louis Favreau
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L’AQOCI, l’association des OCI du Québec qui regroupe près de 70 organisations, fête cette année son 40e anniversaire. Cette organisation a inspiré une bonne partie de la coopération internationale québécoise qui soutient dans les pays du Sud l’« empowerment » de communautés locales. En quoi consiste cette coopération de proximité ? Comment a-t-elle évoluée au fil des quatre ou cinq dernières décennies dans ce qui a toujours été une de ses caractéristiques principales, l’organisation communautaire ? Et à quels choix est-elle aujourd’hui confrontée ? Le but de l’exercice est de démêler différents types de pratique car les pratiques ne se valent pas toutes. D’autant que des forces contraires jouent contre la coopération internationale telle que portée par l’AQOCI : les ambiguïtés de la compassion, les difficultés de faire des interventions de justice sociale, le secours d’urgence qui l’emporte souvent sur le travail dans la durée, les financements publics et leurs conditionnalités (explicites ou implicites), les églises et leurs choix normatifs très engagées et depuis longtemps sur ce terrain, etc.

L’empowerment des communautés : le développement durable et solidaire n’est pas un fourre-tout

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On peut définir le développement des communautés ici comme ailleurs de différentes manières : la conception de référence remonte aux années 1970. Elle définit le développement communautaire comme une intervention de changement social dans, pour et avec les communautés locales afin de s’attaquer aux inégalités sociales (Bourque et alii, 2007). Ce qui évoque des idéaux de justice sociale et de redistribution de la richesse. Depuis les débuts de ce type de coopération, on l’a vu s’inspirer des traditions, objectifs et modes d’organisation des mouvements sociaux. Par exemple, la stratégie de l’« action sociale » (défense de droits sociaux) emprunte au syndicalisme tout comme celle du « développement local » au mouvement coopératif.

De plus un certain nombre d’OCI de cette période ont également emprunté une partie de leur inspiration du courant communautaire de réforme sociale, celui des Settlement Houses, courant qui provient d’un mouvement apparu au 19e siècle dans les grands centres urbains de l’Angleterre et des États-Unis, pour répondre aux besoins des communautés locales aux prises avec les problèmes de l’urbanisation et de l’industrialisation rapide (logements précaires, difficulté d’avoir accès à l’eau et à l’électricité, absence de services de santé et de services sociaux, chômage), mouvement qui s’est par la suite transposé dans le Sud, en Inde (l’Inde de Gandhi), à la faveur de programmes développés au sein de certaines agences de l’ONU dans l’après-guerre. Cette approche a su développer dans des communautés des actions collectives de services, d’éducation populaire et de revendications avec les populations concernées. À partir de la fin des années 1960, les OCI québécoises, tout comme les « comités de citoyens » et « groupes populaires », qui ont forgé le mouvement communautaire de cette époque, se sont directement inspirés de cette approche dans leur travail auprès des communautés du Sud.

Sur une trajectoire de 50 ans, on constate que cette manière de faire a forgé la culture politique et organisationnelle d’un bon nombre d’OCI et des directions successives de l’AQOCI. On constate également que le Québec a été et est très engagé dans des dynamiques de coopération internationale de proximité de cet ordre [1] : le monde agricole, par l’Union des producteurs agricoles (UPA-DI), est particulièrement actif dans le soutien à des organisations paysannes dans une quinzaine de pays de l’Amérique latine et de l’Afrique depuis plus de 20 ans ; le syndicalisme des travailleurs organise de la formation associative dans de nombreux pays francophones d’Afrique et a participé de plain pied à la mise sur pied d’une nouvelle Confédération syndicale internationale (la CSI, née en 2006) ; le mouvement coopératif (Desjardins avec DIDtravaille à l’émergence de caisses populaires dans le Sud et est très active au sein de la direction de l’Alliance coopérative internationale (ACI) tandis que et les autres fédérations coopératives font de même dans d’autres secteurs avec SOCODEVI. Voir le billet. De plus, près de 70 organisations de coopération internationale (OCI) québécoises –regroupées au sein de l’Association québécoise des organisations de coopération internationale depuis 1976 (AQOCI) -, travaillent, bon an mal an, avec leurs partenaires locaux au Sud qu’elles soutiennent dans l’organisation et l’animation de projets de développement communautaire. Mais le développement communautaire est un mot-valise. Il a plusieurs sens donnant lieu à des pratiques passablement différentes. D’où qu’il faille faire des distinctions. Mentionnons d’autre part, que le Québec est périodiquement porteur d’initiatives Nord-Sud d’envergure internationale : Marche mondiale des femmes ; Sommet international des coopératives qui en sera à sa 3e édition en 2016 ; tenue d’un Forum social mondial à Montréal, etc.

Nous rendons compte ici de ce parcours de la coopération internationale de proximité (OCI et mouvements sociaux) du Québec avec les pays du Sud, de ses transformations et de l’horizon actuel de celle-ci. En rendre compte avec un certain nombre de distinctions. Tout ne va pas dans la même direction et tout ne se vaut pas. Essai de clarification dans un contexte où règne souvent la confusion des genres. [2]

1. Les OCI du Québec : leur coopération avec le Sud d’hier à aujourd’hui

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Depuis plus de cinq décennies déjà, les OCI québécoises se sont peu à peu inscrites dans de nouvelles formes de coopération Nord-Sud en soutenant l’organisation sociale et économique de communautés tant en milieu rural qu’en milieu urbain. Comme nous l’avons fait valoir dans plusieurs ouvrages issus de nos travaux de recherche (Favreau et alii 2008 et 2010), le gros du travail de bon nombre de ces OCI est associé directement à des projets issus de communautés locales et d’organisations du Sud –groupes de femmes, groupes de jeunes, coopératives et mutuelles, organisations paysannes–. Bref la coopération au développement ne relève pas des seules initiatives gouvernementales. Et elle s’en distingue par sa contribution, ses acteurs, ses finalités.

Ces OCI se sont multipliées au cours des cinq dernières décennies. Règle générale, elles sont compo¬sées de professionnels (anima¬teurs com¬munautaires, architectes, socio¬logues, vétérinaires et agronomes, enseignants et éducateurs popu¬laires, etc.), travaillant en association avec des organisations locales de paysans, de tra¬vailleurs ou d’habitants des bidonvilles autour de trois axes :

  1. Une intervention de soutien à des micro-projets de développement à l’intérieur de communautés motivées par l’amélioration de leurs conditions de vie sur le plan de l’emploi, de la santé, du logement, de l’éducation ;
  2. La promotion, sur le mode associatif et/ou coopératif, des droits sociaux des habitants des quartiers et des villages par la mise en oeuvre de dispositifs collectifs de base comme l’accès à l’eau et l’accès à l’électricité ;
  3. Le développement d’initiatives socioéconomiques où se croisent la résolution de problèmes d’emploi et d’aménagement du territoire (caisses d’épargne et de crédit, coopératives agricoles ou forestières, mutuelles de santé ou coopératives de travail).
Coopératives et syndicats québécois dans la coopération internationale : quelques exemples
La Caisse d’économie solidaire Desjardins soutient depuis les années 1990 la mise sur pied d’initiatives économiques telles des caisses d’épargne et de crédit et des coopératives de travail, notamment au Brésil en collaboration avec des organisations syndicales.

En 1993, l’Union des producteurs agricoles (UPA) crée l’UPA Développement international (UPA-DI) laquelle pratique la coopération de paysans à paysans avec une bonne trentaine d’organisations d’une quinzaine de pays d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie. Dans une perspective de développement durable et d’agriculture viable, elle valorise concrètement le renforcement d’organisations paysannes et de leurs outils économiques collectives (commercialisation de leurs produits, semences locales, etc.)

Pour sa part, la Société de coopération pour le développement international (SOCODEVI), relais dans le Sud de nombreuses fédérations coopératives québécoises, accompagne des dizaines de projets depuis sa naissance en 1985 dans des domaines aussi variés que les ressources forestières ou le commerce équitable de différents produits du secteur agroalimentaire (café, cacao).

2. Coopération québécoise dans les pays du Sud : trois conceptions différentes de faire les choses

Pour aborder l’expérience québécoise sur plusieurs décennies, il est indispensable de bien distinguer les notions d’« aide internationale », de « coopération internationale » et de « solidarité internationale ». La première a trait à l’aide humanitaire ou au secours d’urgence ; la seconde au soutien professionnel et financier ; la troisième, aux projets conjoints Nord-Sud de développement - par exemple le commerce équitable -. Cette distinction n’est pas gratuite car ces pratiques de coopération s’appuient sur des logiques différentes comme l’indique le tableau qui suit permettant ainsi d’éclairer les choix que l’on peut faire et, en dernière instance, le champ des possibles.

Typologie des interventions dans la coopération Nord-Sud
Dimensions/

Critères

Aide internationaleCoopération internationaleSolidarité internationale
Finalité Philanthropie Justice sociale et développement Justice sociale, développement, réciprocité et auto-organisation
Culture organisation Logique d’urgence
Exemple : aide aux réfugiés
Logique de support au développement
Exemple : envoi de coopérants professionnels ; stages des chantiers jeunesse...
Logique de développement fondée sur l’échange culturel, technique, professionnel et économique
Exemple : commerce équitable ; jumelage de municipalités, économie solidaire...
Processus d’institutionnalisation Démarches de sensibilisation pour le financement d’activités humanitaires Démarches d’information et d’éducation aux problèmes de développement du monde Démarches partenariales autour d’activités de développement économique et social
Populations locales visées des bénéficiaires des collaborateurs des partenaires

De ces trois manières de faire, la tendance qui prévaut actuellement est celle du « secours d’urgence » si on analyse la chose en termes aussi bien de financement que de ressources humaines. Cette aide s’inscrit rarement dans une logique de développement dont la ligne de force serait l’organisation des communautés. C’est le modèle humanitaire de CARE ou de Vision mondiale mais aussi, de façon différente, de la Croix Rouge internationale ou de Médecins sans Frontières. [3]

La « coopération internationale », au sens professionnel du terme, est une autre tendance : des centaines de coopérants –600 par année en moyenne pour le Québec– travaillent dans les pays du Sud en mettant à profit leur expertise professionnelle puis servent souvent, à leur retour, de passerelle entre organisations d’ici et organisations du Sud. Cette contribution s’inscrit dans une logique de développement adossée à des partenariats avec des ONG du Sud. Moins happée par l’urgence, elle peut mieux avoir des effets structurants. C’est le modèle coopératif et associatif québécois de SOCODEVI et de l’UPA-DI ou encore d’OXFAM-Québec.

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La « solidarité internationale », celle qui s’identifie plus directement à la construction de sociétés plus justes et d’une « autre mondialisation », est une tendance plus récente qui peut être :

  1. socio-économique, c’est-à-dire une mobilisation qui contribue à l’organisation économique et sociale de bidonvilles et de villages, en misant par exemple sur le commerce équitable. C’est le cas au Québec d’Équiterre.
  2. sociale, c’est-à-dire une mobilisation qui favorise le développement de services de proximité comme la santé communautaire ou la formation de jeunes professionnels du Sud dans des écoles techniques.
  3. socio-politique, c’est-à-dire une mobilisation d’ONG lors de conférences internationales sur le changement climatique par exemple. C’est aussi la perspective des Forums sociaux mondiaux initiés à Porto Alegre en 2001.
SUCO au Mali ou les petites routes de la démocratie
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En 1993, l’OCI québécoise SUCO devient partenaire du village de Sanankoroba au Mali (Afrique de l’Ouest). Le premier projet mis de l’avant est l’achat d’équipement servant à améliorer le rendement agricole du village. Puis, les habitants décidèrent de se servir de l’aide financière attribuée par les gens de Sainte-Élizabeth (Lanaudière) pour capitaliser. Ceux qui utilisaient le matériel devaient payer des redevances annuelles. Avec ces revenus, les villageois firent l’acquisition de matériel supplémentaire. Puis plusieurs projets furent réalisés, comme l’organisation d’activités portant sur la condition féminine, la création d’un champ collectif de 15 hectares, un local pour l’association du village, l’achat d’équipement pour la culture avec attelage, la construction de trois moulins, l’organisation d’activités pour les jeunes, etc.

Le succès des projets mis sur pied à Sanankoroba s’est répandu. Les agglomérations voisines ont décidé de tenter l’expérience à leur tour. En 1993, le village de Sanankoroba a fait une demande de partenariat à SUCO dans le but de réaliser des projets dans les villages situés à proximité. La communauté de Sainte-Élizabeth finance ses projets grâce à l’appui de la Fédération canadienne des municipalités (Konaté et alii 1999).

Bref, la coopération internationale est très diversifiée et, surtout, assez éloignée de l’idée unique que l’on s’en fait généralement lorsqu’on la réduit à une aide de caractère humanitaire.

3. Coopération québécoise Nord-Sud : parcours sur 50 ans (1966-2016)

Ces diverses pratiques sont aussi le résultat d’une évolution liée à l’émergence de nouvelles générations de coopération. La coopération internationale s’est diversifiée dans ses formes et ses contenus avec le temps comme le propose le tableau suivant :

Coopération internationale Nord-Sud (1950-2015)
Caractéristiques/

Décennies

Organisation de la coopération dans les pays du NordOrganisation de la coopération dans les pays du SudTournant dans les organisations : espace d’innovation
1950-1970 *Aide humanitaire
*Organismes religieux de charité
*Mission d’évangélisation
*Lieux privilégiés : les lieux de culte (paroisses..)
*Consolidation des organisations religieuses d’aide sociale (dépannage)
*Crise des Églises
*Crise du modèle de développement
*Concile Vatican II
1970-1990 *Coopération au développement avec financement public
*Émergence de la solidarité internationale
* Lieux privilégiés : les bidonvilles
*Petits projets de développement communautaire
*Intervention sociale : éducation, santé…
*Montée d’un tiers-mondisme militant dans les pays du Nord
* Théologie de la libération en Amérique latine
* émergence de mouvements sociaux
1990-2015 *Nouvelles formes de solidarité internationale
(jumelages, liens de groupe à groupe entre syndicats, coopératives, paysans) ;
*Coopération au développement
*Retour en force de l’aide humanitaire confessionnelle
*Partenariats entre associations de bidonvilles, Municipalités et ONG
*Développement économique et social local
*Économie solidaire
* montée d’ONG religieuses liées à divers fondamentalismes (chrétiens ou musulmans)
*Montée des ONG et des associations (paysannes, de femmes…) dans les pays du Sud
*Émergence d’une société civile internationale
*Réseaux internationaux : FSM, réseaux sectoriels de finance solidaire, etc.

L’intervention de nombre d’OCI québécoises dans les pays du Sud suit, depuis sa création, un parcours partagé avec de nombreuses OCI européennes. On retrouve, en ¬effet, durant les décennies 1950 et 1960, des OCI, principalement de filiation religieuse, qui offrent des services à des communautés locales du Sud pour leur venir en aide. La philosophie de ces organisations est inspirée par les préoccupations humanitaires de l’époque. Leur intervention est conçue ici comme une mission sociale et évangélisatrice.

Durant les décennies 1970 et 1980 s’amorce un processus de sécularisation des OCI. Un certain nombre d’OCI s’inspirent des nouvelles orientations de développement des peuples et de justice sociale issues du Concile du Vatican II, des méthodes d’éducation populaire de Paolo Freire et de la théologie de la libération en Amérique latine. Elles sont donc à l’aise avec la sécularisation. Mais la plupart des OCI de ces nouvelles générations sont laïques d’entrée de jeu. Ceci étant dit le « social » prend alors un autre sens, celui de l’empowerment des communautés. Puis, dans les années 1990 et 2000 on passe, sur un plan opérationnel, de la coopération par petits projets locaux à la coopération basée sur une relation partenariale dans la durée et plus susceptible de fédérer les initiatives locales. On assiste aussi, avec la montée de fondamentalismes religieux de tout poil, à l’émergence d’ONG confessionnelles et caritatives

4. Un virage écologique et socioéconomique de la coopération de proximité

Au sein des OCI, depuis plus ou moins deux décennies, de nouveaux thèmes sont apparus comme pratiques illustrant une nouvelle conception du développement : le développement durable des territoires et la transition écologique de l’économie (en agriculture notament) ; le développement d’organisations économiques populaires associées à une économie de proximité ; une coopération au développement collaborant avec des gouvernements locaux… Tout cela a été accompagné d’une batterie de nouveaux créneaux et de dispositifs tels la finance solidaire, le commerce équitable, le tourisme durable, la sécurité alimentaire et l’agriculture écologiquement intensive, la gestion durable des forêts, etc.

Le Fonds Solidarité Sud, une OCI engagée dans développement durable et solidaire de communautés du Sud
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http://www.fondssolidaritesud.org/



Le Fonds Solidarité Sud (FSS) est une organisation dédiée au soutien à des partenaires du Sud qui travaillent au développement durable et solidaire de leurs communautés et aux mouvements qui les accompagnent ou les côtoient. Le Fonds accorde une place privilégiée à l’avancée de la transition écologique de l’économie, celle des organisations, des entreprises comme celle des communautés et des États. En outre ses partenaires sont et doivent être des organisations autonomes, démocratiques, laïques et non partisanes. Ses activités depuis 5 ans ont été : 1) le soutien à une coopérative forestière au Honduras pour la création d’emplois de jeunes, l’aide à la commercialisation collective et la gestion durable de la forêt ; 2) le soutien à une organisation paysanne sénégalaise pour le développement de services collectifs de semences paysannes (5000 membres) ; 3) le soutien à une organisation paysanne (1000 membres) en Haïti pour le développement de leur système de fonds de prêts rotatifs - activité de finance solidaire - favorisant des activités génératrices de revenus des exploitations agricoles familiales des membres ; 4) le soutien au développement d’une coopérative de cacao inscrit dans le commerce équitable au Pérou.

Pourquoi ce virage ? D’abord parce qu’au Sud (encore plus qu’ici) les services publics ont tellement été dépouillés de leurs ressources –surtout lorsqu’on pense à l’Afrique– que l’appel à la défense de ceux-ci, tout légitime qu’il soit, est tombé à plat. Les OCI et les organisations économiques populaires (OEP) ont alors pris la relève en offrant un ensemble de services de proximité accessibles.

Ensuite parce que le développement durable avec son exigence intergénérationnelle a eu de fortes retombées. Portée par nombre d’ONG écolos à travers le monde et forgée au sein de grandes institutions internationales (du Rapport Bruntland en 1987 jusqu’au Sommet de Rio en 2012 et COP21 en 2015 à Paris), l’expression s’est rapidement diffusée dans des mouvements, dans plusieurs États, dans les gouvernements locaux, dans la communauté scientifique.

Équiterre, une OCI québécoise engagée dans le commerce équitable avec des coopératives au Sud
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http://www.equiterre.org/



Équiterre dans ses choix écologiques a épousé la pratique du commerce équitable, notamment à partir de la filière du café. Il a permis de soutenir directement le développement durable de communautés qui s’organisent pour améliorer leur situation. Parmi les coopératives soutenues, on compte des entreprises collectives du Mexique, de la Tanzanie et du Nicaragua. Par exemple au Mexique, les familles ont pu mettre sur pied une école d’agriculture biologique, un centre de médecine naturelle, un système de transport collectif, des magasins alimentaires, une quincaillerie, des moulins pour le maïs, l’amélioration des habitations et un système de prêts (Nez, 2006)

Bon nombre d’OCI au Québec sont donc aujourd’hui dans cette mouvance porteuse d’une conception pluridimensionnelle du développement (l’économique, le social et l’environnement). Leurs critères d’appui à des projets dans le Sud sont les suivants : 1) des groupes qui font la promotion de la démocratie ; 2) des projets qui appuient des organisations populaires ; 3) des projets qui favorisent la promotion collective des femmes ; 4) des projets capables de susciter des alternatives économiques ; 5) des projets qui mettent en œuvre une gestion populaire de l’environnement.

La mondialisation néolibérale des trois dernières décennies après la chute du Mur de Berlin (1989) et l’urgence écologique mise de l’avant depuis Rio 1992 ont fait de la période actuelle une période de profondes mutations. Sur la planète, notre interdépendance est plus marquée que jamais. Mais cette interdépendance n’est pas à sens unique grâce notamment à ce travail des OCI et des mouvements sociaux. La mondialisation en cours oblige cependant à faire face au défi de multiplier les échelles d’intervention en agissant localement dans les communautés mais aussi en pesant sur les pouvoirs publics à l’échelle nationale et internationale.

En guise de conclusion : aller au delà de l’humanitaire

Il y a une tragique disproportion dans les ressources financières et humaines consacrées au secours d’urgence par rapport à celles consacrées au développement durable des communautés. Les organisations de secours d’urgence et le tourisme social de certaines OCI ont souvent plus d’argent qu’elles ne peuvent en dépenser (ou beaucoup d’argent placé aux mauvais endroits) tandis que les autres s’en tirent avec des budgets de misère. Serons-nous condamnés à aller d’un secours d’urgence à l’autre, des réfugiés économiques aux réfugiés climatiques, puis à ceux des zones de guerre ? Les initiatives Nord-Sud ont plus de portée lorsqu’elles s’inscrivent dans la durée en aidant des communautés à se doter de leurs propres organisations.

Depuis près de 20 ans, les travaux de recherche de la CRDC l’ont cent fois plutôt qu’une clairement démontré. Depuis plus d’un siècle, le développement du Québec, s’est réalisé grâce bien sûr aux pouvoirs publics, à l’État social que nous avons réussi à construire (aujourd’hui en crise). Mais cet État social est venu de quelque part, il a bougé dans cette direction parce que des mouvements sociaux ont poussé les partis politiques au pouvoir à le faire : il a pris naissance au sein du mouvement des travailleurs, au sein du syndicalisme agricole, au sein du mouvement coopératif et des mutuelles, au sein du mouvement des femmes et du mouvement communautaire. Ces lignes de force de notre histoire sociale a bien des similitudes avec ce qui se passe dans les sociétés du Sud et le type de coopération de proximité à y développer. Ma première question à des OCI est toujours la même : Quelle organisation soutenez-vous ? De quoi est faites sa vie associative ? Est-elle confessionnelle ou non ? Est-elle politiquement indépendante ? Si elle est locale, de quel environnement dispose-t-elle pour s’insérer dans une démarche plus large.

Pour en savoir plus

  • Bourque, D., Y. Comeau, L. Favreau et L. Fréchette (2007), L’organisation communautaire, fondements, approches et champs de pratique, PUQ, Québec.
  • Favreau, L. et M. Hébert, (2012), La transition écologique de l’économie, PUQ, Québec.
  • Favreau, L. L. Fréchette et R. Lachapelle, (2010), Mouvements sociaux, démocratie et développement, les défis d’une mondialisation équitable, Éditions des Presses de l’Université du Québec, Québec.
  • Favreau, L., Fréchette, L. et R. Lachapelle (2008), Coopération Nord Sud et développement : le défi de la réciprocité. Collection Initiatives, Éditions Presses de l’Université du Québec (PUQ), Québec.

De quelques articles pour aller plus loin (disponibles sur le site de la CDRC)

[1Le concept générique de coopération de proximité renvoie aux initiatives de solidarité Nord-Sud menées par la société civile et au fait de travailler au plus près des populations dans des opérations réalisées par des acteurs de calibre ou de nature similaires (ONG, associations citoyennes).

[2On lira avec profit l’évolution des églises (catholique et néo-protestante) et de leur coopération Nord-Sud à partir del’expérience brésilienne des années 1970 à aujourd’hui

[3Dans le premier cas, l’aide est liée à des Églises et à leur mission d’évangélisation et dans l’autre au soutien professionnel des métiers de l’urgence (en zone de conflits).


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