Carnet de Louis Favreau
Chaire de recherche en développement des collectivités (CRDC)

Sommes-nous en panne d’histoire ? Quel projet de société alternatif pour le Québec : social-démocratie ou social-écologie ?

Ou comment changer de trajectoire dans une économie ouverte et mondialisée où règne le « tout au marché » mais aussi l’urgence d’agir pour répondre au défi écologique ?
dimanche 4 octobre 2015 par Louis Favreau
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Le Canal Savoir vient de produire un documentaire sur Le Québec en panne d’histoire ? L’équipe de réalisation, Lloyd Pasqualetti et Lisa-Marie Lampron, a fait des entrevues avec une demi-douzaine de personnes, chercheurs et dirigeants d’organisations diverses parmi lesquels André Beaudoin d’UPA DI ; Éric Desrosiers, journaliste au Devoir ; Pascale Dufour, politologue ; Gérald Fillion, journaliste à RDI ; Pierre Fortin, économiste ; Stéphane Paquin, politologue et Louis Favreau, sociologue. Voici comme le projet de documentaire se présentait au moment de sa production au printemps dernier :

En cette époque regorgeant d’enseignements, nous assistons à une profonde remise en question de notre modèle économique. Jugée trop gourmande et peu efficace, la social-démocratie encaisse les critiques. Ainsi, le Québec emprunte progressivement la voie du néolibéralisme : compressions budgétaires, privatisation, dérèglementation… Mais au- delà des gymnastiques budgétaires : quel projet de société se dessine pour le Québec de demain ? Manquons-nous d’une vision collective ? Autrement dit : le Québec est-il en panne d’histoire ? À travers les analyses d’experts, de chercheurs ou de journalistes, les trois épisodes de cette mini-série documentaire alimentent le débat, et tentent de répondre à ces questions fondamentales pour notre avenir.

Ce billet complète ce documentaire disponible pendant tout l’automne du 5 octobre au 6 décembre. Voir le programme (en trois épisodes de 30 minutes) et l’horaire à l’adresse suivante : http://www.canalsavoir.tv/emission/quebec_panne_histoire
Et pour visionner avec votre ordinateur le dernier épisode qui porte sur les visions d’avenir de notre projet de société, on se rend sur le site Internet de Canal Savoir :
http://canalsavoir.tv/videos_sur_demande/quebec_panne_histoire/visions_avenir

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1. Le Québec d’aujourd’hui est-il en panne d’histoire, dans une sorte de passage à vide où se dénote peut-être une absence de projet de société ?

Je dirais plutôt qu’il s’agit d’une histoire où plusieurs projets portés par des forces sociales différentes s’affrontent. Plutôt qu’une absence de projet, il y a coexistence conflictuelle de plusieurs projets. Tout projet quel qu’il soit, on a tendance à l’oublier, s’inscrit dans un rapport de force. Or celui-ci depuis plus ou moins deux décennies s’est considérablement modifié en faveur d’un seul projet qu’on peut résumer par la formule du « Tout au marché » qui occupe une grande partie du champ de la pensée économique et sociale et des politiques publiques qui l’accompagnent que ce soit au niveau canadien ou au sein des institutions québécoises elles-mêmes.

1.1. L’omniprésent projet du « Tout au marché »

Qu’est-ce qui sous-tend ce modèle ? Le point central est sans aucun doute la montée en puissance des multinationales dans le monde. Ce sont des multinationales qui gouvernent le monde. Dis comme cela demeure un peu abstrait et ne semble pas nous concerner vraiment. Plus concrètement ces multinationales gouvernent nos vies que ce soit dans l’agriculture et l’alimentation (les grandes chaînes et les Wal-Mart de ce monde) ; dans l’univers de la santé et de façon notable l’industrie pharmaceutique ; dans les énergies avec les pétrolières, les gazières et les minières ou dans le transport avec l’industrie de l’automobile et du camionnage.

L’exemple de la filière agricole et agroalimentaire : la main mise de l’agro business

Au Nord et encore plus au Sud, l’enjeu de la souveraineté alimentaire n’a pas surgi à l’avant-scène internationale par hasard. Cela tient au fait que l’agriculture et la filière alimentaire subissent, tendanciellement, le même traitement industriel et financier que les autres activités économiques. Résumons la chose : de grandes firmes multinationales assurent l’agrofourniture (Monsanto, Bunge, Sugenta, ADM, Dupont, etc,) ; de grandes firmes multinationales contrôlent la transformation agroalimentaire (Nestlé, Coca-Cola, General Mills, Kraft Foods, Unilever, Smithfield Food, etc.) ; de grandes firmes multinationales ont pris en charge la grande distribution de masse (Walmart, Carrefour, Tesco, etc.) dans un marché de plus en plus international.

Bref à l’échelle de la planète il y a une asymétrie marquée entre d’un côté des producteurs qui restent dispersés et de relativement petite taille dans des pays souvent politiquement instables et de l’autre les géants du secteur qui sont de plus en plus concentrés et qui dominent la commercialisation des produits de même que tout l’aval de cette filière avec une opacité qui n’est pas la moindre de ces caractéristiques. Question centrale : peut-on laisser aux multinationales la responsabilité de nourrir la planète dans les décennies à venir ?

Dans le même ordre d’idées, on pourrait examiner les multinationales dans la production des énergies fossiles (les pétrolières et les gazières, celles du gaz de schiste en tête) et les minières ou les multinationales des nouvelles technologies des communication et de la culture, nouvelles industries mondiales de contenu (Google, Apple, Amazon, Facebook) ou l’industrie pharmaceutique. Constance de ce modèle : la dictature d’une minorité d’actionnaires qui s’impose dans la gestion des entreprises en écartant systématiquement les organisations de salariés. J’ai déjà développé cela dans deux billets sur le capitalisme d’aujourd’hui et sur 10 idées reçues à son sujet.

Le Québec vit actuellement la déconstruction de son modèle progressiste d’un État social par un politique fondée sur l’austérité et le « tout au marché » ayant comme référence le modèle anglo-saxon néolibéral : 1) la baisse directe des impôts pour les riches et les entreprises ou indirectes par la tolérance à l’égard de leurs placements dans des paradis fiscaux ; 2) l’élimination du capital social des communautés et des régions et des dispositifs de concertation ayant fait leurs preuves depuis au moins deux décennies ; 3) l’affaiblissement des régulations au nom du l’expression libre des marchés, etc. Même des fondations privées mais à vocation sociale s’en sont récemment inquiétées sans compter des économistes « main stream » affirmant que l’objectif de l’équilibre budgétaire de l’actuel gouvernement du Québec se faisait trop vite et trop brusquement.

Cette déconstruction s’accompagne également d’un déficit démocratique prononcé. Comme le dit le philosophe et sociologue allemand Jürgen Habermas à propos des États européens, ce qui vaut à mon avis, pour les démocraties de l’Amérique du Nord : Il existe une tendance générale à l’assèchement de la sphère publique politique. Les gouvernements préférant anesthésier leurs électeurs plutôt que les contrarier sont soutenus par des médias plus enclins à servir leur clientèle qu’à se saisir des conflits et à les éclairer. (Entrevue avec le Nouvel Observateur, semaine du 30 juillet 2015).

Malgré la puissance des lobbies qui ont inversé le rapport de forces auprès des pouvoirs public qu’ont déjà eu les mouvements sociaux, il y a des contrepoids : syndicats, écologistes, coopératives, communautés locales organisées, etc... Et parfois des politiques publiques qui vont dans la bonne direction. Par exemple, le Québec, dans l’agriculture et l’agroalimentaire, grâce au syndicalisme et au développement coopératif, a pu s’approprier une partie du marché et faire avancer, dans certains cas, des politiques distinctes de celles de l’agro buisness. Il y a au Québec, dans ce secteur comme dans d’autres, une économie qui n’est pas une économie capitaliste de marché. L’agro business n’a pas la main mise sur tout. Il a trouvé sur son chemin les organisations d’agriculteurs : là où des organisations paysannes, des coopératives agricoles et des organisations de coopération internationale (des OCI comme UPA DI et leurs consoeurs que sont SOCODEVI et DID) naissent et grandissent, se fédèrent, et occupent du terrain tant sur le plan économique que politique, il est devenu possible de mettre en oeuvre ou de restaurer la capacité de conservation des produits, le transport durable de ces produits, la transformation locale de ces produits et la régulation de l’offre dans les communautés et les pays. Et ces organisations réfléchissent assez souvent, à des degrés divers et selon les périodes, à des alternatives, notamment pour ce qui est du Québec, à partir d’une affirmation nationale et sociale.

1.2. Le second projet : l’affirmation nationale et la construction d’un État social

Le Québec d’un projet de société fondé sur une affirmation nationale et sociale forte est le courant qui va dominer les années 1960 et 1970. Il persiste encore aujourd’hui mais a été considérablement affaibli. Ce projet a une référence, les pays scandinaves. Il mise sur une intervention forte de l’État dans l’économie, pour assurer une certaine souveraineté économique, et sur des protections sociales. Ce projet a aussi misé sur la déconfessionnalisation de nos institutions, et donc une certaine laïcité et secondairement sur le développement des régions... et donc sur une certaine décentralisation.

Le modèle progressiste de première génération : les années 1960 et 1970

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Les années 1960 et 1970, à la faveur de la « Révolution tranquille », ont permis des avancées importantes de l’État social au Québec au plan de l’éducation et de la santé, modèle quasi nécessairement centralisé pour cette période pour favoriser l’accès à l’enseignement supérieur avec des collèges publics et un réseau public d’universités, le réseau UQ ; des services de santé de proximité avec les CLSC à l’échelle des territoires et des organisations communautaires reconnues par les pouvoirs publics et plus globalement un système public d’assurance-santé.

Un État qui intervient aussi activement dans l’économie pour lui donner une direction, celle de l’affirmation des Québécois dans ce domaine. La nationalisation de l’électricité qui créa Hydro-Québec, le développement de la Caisse de dépôt et de la Régie des rentes constituèrent avec d’autres outils l’armature de l’État en matière de développement économique. Originalité du modèle : ces initiatives de l’État ont aussi misé sur le renforcement d’une finance coopérative avec le mouvement Desjardins et les mutuelles du secteur des assurances. Je n’insiste pas sur cette période largement couverte.

1.3. Le modèle progressiste de 2e génération : les années 1980 et 1990

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En revanche on a moins analysé les années 1980 et 1990 où on assiste à un certain renouvellement du modèle lequel misera plus ouvertement sur une certaine décentralisation liée au développement de Centres locaux de développement (développement économique local multi-acteurs), de Carrefours Jeunesse Emploi, de Conférences régionales des élus, de soutien à l’économie sociale dans des secteurs sociaux (petite enfance, services d’aide à domicile...) et bien sûr, de façon plus importante encore en termes économiques, la reconnaissance des Fonds de travailleurs. Le tout adossé à des pratiques fondées sur le partenariat issu de Sommets socioéconomiques comme celui de 1996 (Comeau et alii 2001). Bref un État qui cherche une certaine cohabitation active avec ses communautés et ses régions.

L’État québécois est aussi un État qui, dans la même période, s’affirmera davantage au plan international au sein de la francophonie et dans la coopération de proximité avec le Sud notamment dans son partenariat avec le regroupement des organismes de coopération internationale (OCI), l’AQOCI avec le MRIF.

Les années 2000 sont cependant difficiles. Le modèle est mis à mal par l’offensive des lobbies du « Tout au marché ». Sous la gouverne du Parti libéral de Jean Charest on tente une « réingénierie sociale » cependant ralentie et même freinée par les forces sociales de la concertation de la période précédente. Le retour rapide des Libéraux en 2014 lancera le Québec dans la vague d’austérité que nous connaissons présentement.

1.4. Une partie de la gauche s’inspire du modèle social-démocrate mais le juge insuffisant

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Précisons d’abord qu’il y a un problème majeur dans nos sociétés capitalistes. En premier lieu la démocratie s’arrête aux portes des entreprises. Seuls les syndicats réussissent à introduire un minimum à cet égard dans les entreprises. En second lieu comme nous le disions au tout début de ce billet, les multinationales ne gouvernent pas seulement le monde en général, elles gouvernent nos vies en matière d’alimentation, de santé, en matière de culture, de sources d’énergies pour nos transports (pétrole et gaz), etc. Bref, nous avons été entraîné dans une mondialisation calamiteuse dont il faudra bien un jour sortir (ATTAC, 2009).

Tertio, depuis 2008, peu de choses ont changé du côté de la finance car elle continue de spéculer, les entreprises continuent d’être soumises aux grands actionnaires au détriment des salariés et d’une « biodiversité entrepreneuriale » inscrite dans la durée. Conclusion, la fuite en avant productiviste se poursuit toujours c’est-à-dire la croissance infinie et la marchandisation de tout.

Par ailleurs la méfiance à l’égard de l’impôt est un des symptômes de la mauvaise santé de la notre démocratie. La fiscalité qui est une clé de justice et de solidarité sociale, de redistribution de la richesse par des services publics et collectifs est mise à mal. Elle n’est pas comprise dans son fondement même qui est d’être la première assise d’une citoyenneté et d’une appartenance à une société. Le consentement à l’impôt est au point de départ de nos démocraties de représentation : impôts = services publics ou collectifs + droit d’expression. Une fois cela dit un peu trop rapidement qu’est-ce que la social-démocratie comme celle des pays scandinaves est venue introduire dans ce capitalisme ?

La social-démocratie (S.-D.) est, à notre avis, une puissante inspiration mais davantage dans une perspective historique et actuelle (Paquin, 2014) que dans une perspective de moyen terme. Elle a fait la preuve avec les pays scandinaves de la possibilité historique de concilier égalité et liberté à grande échelle, de combiner justice sociale, démocratie et « biodiversité » économique. Retenons de la S.-D. que « L’État social est la véritable révolution économique du 20e siècle » comme le déplie l’économiste Christophe Ramaux dans L’État social, pour sortir du chaos néolibéral (2012). C’est une construction politique majeure de l’après-guerre 1939-1945 en grande partie issue de la Résistance à savoir l’héritage de Keynes, de Roosevelt et de tous les S.-D. de ce monde soutenus par un mouvement de masse dans lequel le mouvement ouvrier a exercé un leadership majeur.

Quelques exemples clés en main de cette S.-D. des pays scandinaves : 1) d’abord une reconnaissance forte du syndicalisme (75 à 80% des salariés sont syndiqués) ; 2) ensuite, un mouvement coopératif très présent dans l’économie (15 à 16% de l’économie globale) et plus globalement 3) une économie évolue dans la « biodiversité » entrepreneuriale c’est-à-dire la cohabitation active d’une économie privée, publique et collective.

De plus la redistribution de la richesse par l’État (en éducation, en santé...) adossée à une reconnaissance du rôle de ce même État dans l’économie est nettement plus marquée que dans d’autres sociétés comparables. Il faut en même temps retenir de la période où la S.-D. s’est taillée une place déterminante l’existence d’une fertilisation croisée de partis et de mouvements sociaux avec leurs mobilisations, requêtes et alternatives.

Ensuite, peu connue et donc sous-estimée dans ces pays, l’existence d’une tradition internationaliste active de la coopération au développement avec les pays du Sud qui fait exemple tant de la part des pouvoirs publics que d’organisations non-gouvernementales de développement (ONGD). L’expérience du Québec dans la francophonie en tant qu’État et dans la solidarité internationale de proximité des OCI, des syndicats et des coopératives est allée dans cette direction.

Finalement ce sont ces pays scandinaves qui ont vu plus vite que d’autres la nécessité de faire face è la crise écologique en misant sur les énergies renouvelables, l’aménagement durable des villes, etc., ce que peu d’observateurs d’ici retiennent de ces pays.

Bref, c’est avec tout cela que la S.-D. est devenue une référence. Mais elle est aujourd’hui insuffisante. Il faut aller vers le défi central du 21e siècle, l’urgence écologique qui est la « nouvelle guerre » de ce siècle. Le souffle nouveau vient du mouvement écologique et de l’« écologie politique » comme courant le plus porteur au sein de la constellation des mouvements sociaux.

2. Le modèle progressiste à venir : sera-t-il social-démocrate ou social-écologique ?

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Le réchauffement climatique, c’est l’injustice ultime parce qu’il frappe d’abord des femmes, des hommes et des enfants déjà vulnérables qui subissent les conséquences d’un développement dont ils n’ont pas bénéficié.

Il faut s’affranchir de certaines puissances économiques...Ce sont aux décideurs politiques de fixer les règles...Que les gouvernants fixent le prix au carbone et les multinationales basculeront leurs investissements vers l’économie bas carbone, que l’Union européenne adopte une taxe sur les transactions financières pour en affecter une partie à l’aide au développement et des millions de personnes en bénéficieront. Propos de Nicolas Hulot, envoyé spécial du président Hollande pour la protection de la planète, au journal français La Croix le 7 juillet 2015.

Il ne suffit pas de concilier en un juste milieu, la protection de la nature et le profit financier, ou la préservation de l’environnement et le progrès. Sur ces questions, les justes milieux retardent seulement un peu l’effondrement. Il s’agit de redéfinir le progrès....C’est le pouvoir lié aux secteurs financiers qui résiste le plus....Les projets politiques n’ont pas habituellement de largeur de vue... (p.148 et ss). Extraits de la récente encyclique du pape François 1er intitulé Laudate Si. Sur la sauvegarde de la maison commune.

Voilà une encyclique qui ne mâche pas ses mots. Même si on peut douter de son influence décisive sur les États et les grands sommets internationaux dans la réalisation d’un projet de société alternatif. Il n’en demeure pas moins que plusieurs partis et mouvements à gauche y ont retrouvé là une nouvelle référence et une accréditation de leur action. Ils n’ont pas intérêt à bouder cette encyclique qui prend les airs d’un manifeste pour faire face à l’urgence écologique.

2.1. Le Québec des mouvements à gauche est à la recherche d’un renouvellement de l’État social

Les mouvements à gauche sont à la recherche d’un renouvellement de l’État social québécois construit à partir des années 1960. Mais ils savent que ce n’est plus suffisant. On résume bien la chose en parlant d’un « État social-écologique » comme Laurent le nomme (Laurent, 2014). Ce projet n’a cependant pas encore de référence concrète à l’échelle d’une société ni de projet global porté par des forces suffisamment significatives. Toutefois quelques politiques publiques ici et là vont dans ce sens la plupart du temps adossées à des alternatives concrètes illustrant des possibles : une fiscalité écologique de certains États (pays scandinaves) ; des villes exemplaires avec leurs écoquartiers et leur réseau de transport en commun électrique, des universités, des fondations, des gouvernements locaux qui larguent leurs placements dans les énergies fossiles, etc.

Le problème actuel qui se pose au Québec à cet égard est celui de pouvoir sortir de la seule protection des acquis des uns et des autres (Langlois, 2015). La sauvegarde des acquis ne constitue pas un projet mais seulement un système de défense de catégories sociales particulières qui ont été combatives à un moment donné. La clé du renouvellement passe par une mobilisation sociale et politique pour que les États assurent les risques environnementaux des classes socialement les plus touchées. Ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui.

Les deux périodes précédemment décrites de ce modèle québécois d’État social n’ont pris en compte que de façon relativement marginale la question écologique. La gauche de tout horizon a été centrée et est encore surtout centrée sur la question sociale et de façon relativement défensive. Il faut pour cela opérer un retour historique dans le temps long pour répondre à cette question. À vue de nez, dans le contexte actuel, ce projet d’un État social-écologique peut paraître relever davantage d’un fantasme que d’un projet d’avenir possible. Erreur ! Il relève de l’utopie. Et certaines utopies ont su démontrer au cours de l’histoire longue de nos sociétés qu’elles étaient et pouvaient être mobilisatrices et socialement efficaces.

Historiquement il y a trois utopies qui ont été marquées l’histoire de nos sociétés. Comme je le disais dans un billet précédent :

Les utopies peuvent être mobilisatrices. L’histoire sociale, dans le temps long, nous le confirme. Trois utopies l’ont été. Il y a d’abord eu celle des droits politiques et civiques qui ont pris leur envol avec la Révolution française (1789), mobilisation qui a, pour l’essentiel, traversé le 19e siècle. La bataille est toujours là mais les progrès enregistrés immenses.

Ensuite il y a eu celle des droits sociaux qui ont pris leur envol avec l’émergence du projet socialiste et du mouvement ouvrier comme locomotive (avec ses deux versants, le courant du « socialisme démocratique » et celui du « communisme »). Les pays scandinaves comme référence pour le premier et l’Union soviétique comme référence pour le second. C’est la dominante du 20e siècle. Encore là, cette lutte sociale existe toujours. Et c’est le « socialisme démocratique » réalisé dans les pays scandinaves qui permet aujourd’hui à la planète entière de converger ou de rêver de converger vers une forme d’État social de ce type qui conjugue avec succès efficacité économique et justice sociale.

.... C’est dans l’après-guerre (1939-1945) que cette construction politique a pris forme dans un nombre important de pays d’Europe et en Amérique du Nord, construction qui doit beaucoup aux forces de la social-démocratie soutenues par le mouvement ouvrier. Toutefois il ne faut pas que nous restions collés sur cet héritage pour lequel le défi central du 21e siècle - qui est le défi écologique – demeure encore un point aveugle.

L’utopie mobilisatrice des dernières décennies est celle de l’écologie politique, l’utopie du 21e siècle. Quelque chose qui émerge et qui ressemble à ceci : un New Deal écologique et social comme il y a eu un New Deal social au 20e siècle fondé sur les conquêtes sociales du mouvement ouvrier. Pour le 21e siècle, c’est le mouvement écologique qui est en train de devenir une force motrice de notre avenir à tous.

... Dans les pays du Nord, les riches peuvent se protéger eux-mêmes contre ces risques, pas les pauvres. Les pays riches peuvent se protéger eux-mêmes contre les risques climatiques, pas les pays les plus vulnérables du Sud. Au 20e siècle, face aux risques, l’État-providence a inventé la solidarité sociale. Au 21e siècle, face aux nouveaux risques, l’État doit inventer une nouvelle solidarité car les crises écologiques (alimentaire, climatique...) laissées à elles-mêmes finissent toutes au même endroit : elle plombe la prospérité durable des régions affectées et des pays fortement touchés. D’où la nécessaire intégration de la cette dimension devenue centrale dans la protection sociale.

L’affirmation de ce dernier paragraphe est importante. Il y a quelque chose qui émerge et qui pourrait ressembler à un New Deal écologique et social comme il y a eu un New Deal social au 20e siècle avec la reconnaissance des syndicats (législation du travail, politique d’assurance-emploi), des organisations de consommateurs (coopératives et associations), le développement des protections sociales (accès à l’éducation et services de santé publics). Autrement dit des avancées sociales qui au début de ce siècle étaient considérées comme impensables. La lutte sociale a créé des possibles.

2.2. Mais avec cette dernière utopie, quels sont les possibles qui prennent forme ?

D’abord quelles sont les forces sociales mobilisables sur un projet politique alternatif ?

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Les écologistes ne sont pas les seuls mobilisés (bien que parfois ils se pensent seuls à l’être). Bon nombre d’organisations du mouvement coopératif, du mouvement communautaire, du mouvement syndical, du mouvement des femmes, des altermondialistes le sont. Mouvements épaulés par une vision, celle de l’écologie politique, qui ne cesse d’interpeler, d’aiguillonner, d’éveiller, de mettre en garde... Un grand défi. Le dernier livre de Naomi Klein est particulièrement bien documenté à cet égard et très convaincant (Klein, 2015).

Il y a une gauche communautaire, syndicale, de groupes de femmes, internationaliste qui a eu, à différentes périodes, une histoire souvent stimulante. Celle-ci existe au Québec depuis plus de 50 ans. Elle a fait faire au Québec beaucoup de chemin en étant porteuse d’un projet de société alternatif, à tout le moins sur certains volets. Par ailleurs, un des problèmes majeurs au sein de couches progressistes est celui des intérêts divergents à unifier pour faire mouvement. Se battre contre la seule austérité ne suffira pas. D’abord qui a-t-il de durable dans une alliance entre pompiers, employés municipaux, étudiants, employés du secteur communautaire ou du développement régional, voire même des médecins ou des pharmaciens ? Il faut un projet de société rassembleur et porté par des forces sociales et politiques. Pas évident à ce stade-ci ! Par contre certaines organisations commencent à comprendre que l’enjeu de l’austérité est un peu trop restrictif. Des groupes de femmes et des associations étudiantes se sont récemment avancés contre l’austérité et les hydrocarbures. C’est déjà mieux ! Mais faire mouvement n’est pas une mince affaire. Travail de longue haleine en vue. Un État social-écologique est un contrat de plusieurs décennies.

J’ai déjà développé ailleurs qu’il ne fallait pas idéaliser les mouvements sociaux. Voir mon billet à ce propos. En premier lieu, ils ne sont pas homogènes. Puis tout ne part pas de « la base » comme plusieurs le pensent. Enfin toutes les actions qu’ils engagent ne se valent pas. Il faut s’interroger sur la qualité de leur action collective. Mais disons au départ que ce qu’on appelle la « société civile » - que je préfère appeler « mouvements sociaux » - a constitué une des assises incontournables de la construction de l’État social québécois des années 60 jusqu’à aujourd’hui en ayant comme principal relais politique le Parti Québécois :

  • a) Sans le mouvement des femmes conjointement avec le mouvement communautaire, il n’y aurait pas eu de Centres de la petite enfance.
  • b) Sans le mouvement communautaire dans le secteur de la santé, du logement social, de la protection du consommateur...des avancées sociales significatives n’auraient pas eu lieu.
  • c) Sans le mouvement des femmes, dans les milieux de travail par leurs syndicats, il n’y aurait pas l’équité salariale que nous avons aujourd’hui.
  • d) Sans le mouvement coopératif, la plupart des régions du Québec en dehors des grands centres urbains seraient très mal en point : apport des caisses d’épargne et de crédit, des mutuelles d’assurance, des coopératives agricoles, des coopératives de services de proximité, des coopératives forestières.
  • e) Sans le syndicalisme des producteurs agricoles et des coopératives de ce secteur, que resterait-il de notre souveraineté alimentaire et du développement autonome des régions !
  • f) Sans la bataille historique du Front commun syndical du secteur public et parapublic de la décennie 1970 les conditions de travail de ce secteur seraient minables et surtout la valorisation des métiers et professions de ce secteur serait faible.
  • g) Sans les écologistes, il n’y aurait pas eu de système d’alarme sur les risques encourus par les écosystèmes, pas ou peu d’avancées vers les énergies renouvelables hors l’hydroélectricité (l’éolien, le solaire, le thermique, la biomasse).
  • h) Sans le syndicalisme des travailleurs du secteur privé, pas de minimum de démocratie dans les entreprises (pour lutter contre l’arbitraire patronal), pas de fonds de développement misant sur nos épargnes pour faire un développement économique « biodiversifié » de nos régions ; pas de régimes de retraite convenables, peu de reconnaissance d’un bon nombre de métiers et de professions.

Ce que cela veut dire, c’est ceci : l’État québécois est devenu un État national - au moins partiellement et, en tout état de cause, pas seulement une province distincte à l’intérieur du Canada - parce qu’il y eu un mouvement d’affirmation nationale (notamment la lutte pour la langue française à tous les niveaux et la montée d’un État qui intervient directement dans le développement économique) et est devenu un État social (législation sociale, législation du travail...) parce qu’il y a eu des mouvements sociaux qui ont canalisé des aspirations en les transformant en demandes sociales et souvent en alternatives concrètes dans leurs communautés de même qu’une jonction des ces mouvements, à certaines périodes, avec des partis politiques qui ont su concevoir et mettre de l’avant des politiques publiques et contribuer à bâtir une société démocratique toujours faite tout à la fois d’institutions et de mouvements.

On l’oublie trop facilement, sans mouvements nous sommes dans une société autoritaire. Et sans institutions, nous risquons d’être dans une société plus ou moins chaotique. La pensée anarchiste présente dans le mouvement étudiant est désespérante à cet égard parce que c’est plus qu’une méfiance à l’égard des institutions et de ses élites, c’est un refus des institutions. À cela il faut ajouter que la tendance actuelle révèle une grande fatigue des partis d’idées au bénéfice de partis de gestion. [1]

2.3. Sur quoi bouger pour faire avancer un tel projet d’État social-écologique ?

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Les mouvements sociaux d’avenir ont d’abord à rompre avec le modèle productiviste d’une révolution industrielle fondée sur les énergies fossiles au bénéfice des énergies renouvelables et se mobiliser sur des revendications à contenu écologique fort : mettre fin aux subventions accordées aux pétrolières [2], leur imposer une taxe carbone, généraliser l’hydroélectricité, l’éolien, le solaire, la biomasse pour tout (dans le transport, l’habitat, l’agriculture, l’industrie...). Bref considérer la question écologique comme étant la coordonnée centrale de ce siècle sur deux grands axes : a) énergie-climat ; b) agriculture, alimentation et santé (Lipietz, 2012). Ce qui veut dire de ne plus séparer les questions écologique et sociale qui se croisent dans les faits car ce sont les pays les plus vulnérables qui sont les plus touchés par le réchauffement climatique tout comme ce sont les classes populaires qui sont les plus affectées dans notre société par les pollutions diverses (pollutions atmosphériques ; pollutions de l’alimentation industrielle ; pollutions de l’exploitation minière, gazière et pétrolière...). Là-dessus, la Norvège ne peut servir d’alibi.

Pétrole, environnement et le modèle norvégien
La Norvège ne saurait servir d’alibi justifiant l’exploration du pétrole au Québec comme le fait le gouvernement actuel et comme le pensent certaines franges du Parti Québécois. La Norvège ne se demande pas s’il faut ou non se lancer dans cette aventure. Les questions liées à l’urgence écologique que nous nous posons aujourd’hui n’étaient pas là il y a 50 ans au moment où ce pays a développé au maximum cette ressource. Et les solutions de rechange au pétrole étaient très rares nous rappelle à cet effet le chroniqueur Vincent Marissal du journal La Presse (10 juillet 2015). Le Québec d’il y a 50 ans a fait de ce côté-là ce qu’il avait à faire, miser sur sa propre ressource énergétique, l’hydroélectricité. Une chance historique qui permet aujourd’hui de nous libérer de l’obsession pétrolière plus que n’importe laquelle société étant donné l’existence de ce vaisseau amiral qu’est Hydro-Québec. Encore faudrait-il savoir lui donner une nouvelle direction.

De plus aujourd’hui beaucoup plus qu’hier, il faut prendre acte que la dimension internationale a changé de registre parce que nous sommes de plus en plus interdépendants sur la planète (les États, les institutions, les mouvements) et que l’urgence écologique au premier chef est devenue une urgence planétaire. À géométrie variable bien sûr mais : « plus nous vivons dans une région pauvre, plus le risque est grand ». L’Afrique de l’Ouest avec sa douzaine de pays du Sahel en fait avec force la démonstration. Les quartiers populaires de nos grandes villes, c’est un peu la même chose.

Ce qui veut dire de miser sur le développement de politiques publiques conséquentes, plus concrètement un État qui met ses politiques économiques au service d’une transition écologique dans tous les domaines : agriculture et forêt, transport, industrie, habitat, énergies, etc. Et un État qui met ses politiques sociales au service de l’assurance d’un double risque, social et écologique : pollution liée au transport, insalubrité et faible efficacité énergétique des logements dans les quartiers populaires, manque d’espaces verts dans ces mêmes quartiers, sécheresses ou inondations dans les milieux ruraux/agricoles.... Voir à ce propos mon article dont l’intitulé est Alternatives citoyennes dans un monde en mutation : les nouvelles dynamiques internationales.

Mais pour ce faire, relégitimer l’impôt s’impose comme dispositif pour lutter contre les inégalités et assurer de nouvelles protections sociales. Trop d’impôts ?? Non ! D’autres risques aujourd’hui pèsent sur nos sociétés : 1) celui de la mobilité internationale des investisseurs ; 2) celui du désengagement de certaines élites gagnées par l’appât du gain ; 3) celui de la myopie qui consiste à ne regarder que l’impôt que l’on paie sans en voir les bénéfices sous forme de services publics et collectifs. Les mouvements n’ont aucunement à choisir entre l’urgence sociale et l’urgence écologique. Les pouvoirs publics non plus. L’écologie par exemple n’est pas l’ennemi de l’emploi.

Écologie et emploi
* Une étude européenne a démontré que l’industrie automobile permet la création de 4 millions et demi d’emplois mais que les transports collectifs en permettraient 8 millions.

* Le monorail reliant Montréal, Québec et nos capitales régionales créeraient 50 000 emplois qualifiés. Contrats avec Bombardier et financement par la Caisse de dépôt, les caisses Desjardins, les fonds de travailleurs...
Voir Favreau et Hébert 2012 et Gadrey 2010.

2.4. Développement durable : bref état des lieux dans le Québec de 2015

L’urgence écologique au Québec

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Le GIEC sonne l’alarme depuis 25 ans car nous sommes à l’orée d’un saut qualitatif vers le pire. Le combat écologique a pris une tournure d’urgence à l’échelle de la planète. Le Québec n’est pas à l’abri de cette urgence écologique. Malgré certaines victoires comme celle de la mobilisation sur le gaz de schiste, une offensive tout azimut des pétrolières et des gazières a présentement lieu :

  • a) Le transport pétrolier par train dans des conditions marquées par la dérèglementation et le délabrement des trains et des voies ferrées ;
  • b) L’expansion de pipelines (Énergie Est par exemple) sur des centaines de kilomètres à proximité de centaines de cours d’eau ;
  • c) L’exploration du pétrole de schiste dans le Bas-Saint-Laurent ;
  • d) Un projet Énergie Saguenay
  • e) Une cellule dormante, le gaz de schiste, dotée d’un plan de match pour 20 000 puits projetés sur au moins 10 ans (Foisy et McEvoy, 2011 : 59)

Voir à ce propos mon plus récent billet sur la menace que cela fait peser sur les communautés au Québec

Face à cela le gouvernement du PLQ se traîne les pieds et se contredit : d’un côté, il considère le Québec comme une province potentiellement productrice de pétrole tout en cautionnant le gouvernement fédéral et les pétrolières albertaines qui veulent que le Québec devienne un territoire stratégique pour l’exportation de leur pétrole. De l’autre il se présente au Québec et à l’international comme un leader dans la lutte contre le changement climatique. Si le Québec se lance dans les énergies fossiles, l’industrie pétrolière mettra la province sur un horizon de plusieurs décennies de production pétrolière. À titre d’exemple, Anticosti aurait un pic de production en 2049 pour un total de 3850 puits avec poursuite de l’extraction jusqu’en 2095 (A. Shields, Le Devoir, 19-20 septembre 2015). Il en irait de même pour l’exploitation du gaz de schiste et du passage du pétrole des sables bitumineux de l’Alberta par l’oléoduc d’Énergie Est. Ces entreprises planifient leur développement sur des décennies et une fois installées à demeure poursuivent ce développement sans aucune raison de s’arrêter. Alors le leadership dans la lutte contre le dérèglement climatique est un mythe adossé à un autre mythe, celui d’une économie québécoise du fossile qui ne serait que transitoire.

Les mobilisations en cours sont en train de changer d’échelle

Il y a des mobilisations qui progressent bien. La mobilisation du 11 avril dernier, la Marche Action Climat avec ces 25 000 personnes à Québec en est un bel exemple. De bien des façons les groupes écologistes ont acquis une expertise et une longue expérience gagnant ainsi progressivement leur place dans l’opinion publique et dans un certain nombre d’institutions. Des mouvements (syndicats, groupes de femmes, associations étudiantes, communautés etc.) sympathisent avec ces mobilisations. Des manifestes sont lancés comme celui de l’Élan global au Québec ou celui du Grand bond en avant au Canada lancé par Naomi Klein et d’autres. Des mouvements majeurs de désinvestissement des énergies fossiles (universités, fondations, le plus grand fonds souverain au monde, celui de la Norvège, des fonds de pension, etc.) se font sentir ici et là sur la planète.

On commence à comprendre que le défi est d’aller par delà la résistance locale d’artisans du développement durable pour mettre en oeuvre tout à la fois des alternatives concrètes et une alternative globale pour faire mouvement de manière à obtenir une résonance forte au sein des partis politiques comme le traduisent fort bien ces manifestes : « Les petits pas ne peuvent plus nous mener là où nous devons aller. Nous devons bondir vers l’avant ».

Mais autour de quelles avenues favoriser le minimum requis d’unité et de perspective commune ? Quelques pistes par delà les grands objectifs généraux commencent à se faire jour et à convaincre : l’agriculture écologiquement intensive et l’aménagement durable des forêts, l’électrification des transports et l’utilisation du biogaz ; l’efficacité énergétique des bâtiments résidentiels et industriels et l’investissement massif dans les énergies renouvelables.

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Des exemples concrets porteurs implicites de cette alternative : un monorail électrique interrégional (transport) ; de grandes coopératives agricoles comme Nutrinor (1200 agriculteurs ; 400 employés) qui ont pris la direction d’un DD solide ; l’agriculture urbaine (jardins communautaires, toits verts, plantation d’arbres, vignes...) ; le virage « biomasse » des coopératives forestières ; les circuits courts en alimentation (Équiterre avec son programme Fermiers de famille, paniers bio) ; le recyclage des déchets industriels ; le contrôle de la circulation lourde ; le contrôle sécuritaire des matières dangereuses par train ; des placements socialement responsables (les fonds de travailleurs et le mouvement Desjardins y sont engagés).

L’indispensable intervention des pouvoirs publics et des institutions internationales

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Cependant ces initiatives doivent être soutenues par une fiscalité écologique fortement incitative : déplacer l’équivalent de 10% de nos impôts dans cette direction...en prenant l’argent à la bonne place : en cessant toute subvention à la production d’énergies fossiles pour les déplacer vers les énergies renouvelables, en contrôlant l’évasion fiscale, en imposant davantage les plus riches. Et surtout de concert avec ses positions, choisir globalement de faire croître certains secteurs et d’en faire décroître d’autres. http://jupiter.uqo.ca/ries2001/carnet/spip.php?article71 50% de notre énergie est actuellement de l’énergie renouvelable (hydroélectricité et biomasse). Nous sommes une des sociétés les mieux dotées à cet égard. La question du DD dont le contenu d’aujourd’hui est la transition écologique de l’économie (Favreau et Hébert. 2012) est une question planétaire, autrement dit tout à la fois locale, nationale et internationale qui commande une intervention à toutes les échelles.

Fiscalité : trois grands secteurs d’intervention à examiner de près
1) La progressivité de l’impôt : les hauts revenus ne paient pas d’impôt à la bonne hauteur.

2) Le bilan fiscal des entreprises : s’attaquer d’abord aux dépenses publiques qui encouragent des activités d’entreprises nuisibles à l’environnement (en agriculture, dans le transport par camion, les dégrèvements fiscaux sur les carburants, les subventions aux gazières et aux pétrolières). Et puis quid des paradis fiscaux ? Quelle taxation pour les entreprises ? Le tout, avec une autre paire de lunettes, celle qui permettrait de favoriser la constitution d’un fonds vert solide et à la bonne hauteur. À ce chapitre, la Norvège est une référence pour ce qu’elle a su faire avec ses redevances du pétrole et que nous pourrions systématiquement faire avec celles de l’hydro-électricité.

3) Une fiscalité écologique encourageant certains secteurs à croître et d’autres à décroître.

En guise de conclusion : un Québec progressiste sera aussi très actif au plan international

D’abord un constat de départ qu’on peine à réaliser : le Québec et le Canada font partie des pays les plus riches de la planète en vertu de l’Indice de développement humain (IDH). Une responsabilité internationale accompagne ce constat. Notre expérience comme notre expertise dans bien des domaines peuvent servir, notamment dans la francophonie des pays du Sud. Bref, la coopération Nord-Sud ne saurait être oublié dans un projet « social-écologique » de société en vertu d’un certain nombre de tendances fortes qu’on sous-estime généralement :

  1. La planète est menacée dans sa survie, à des degrés divers selon ses régions, et est simultanément menacé par les inégalités sociales. Question sociale et urgence écologique vont de pair.
  2. La mondialisation dans sa phase actuelle nous oblige ainsi à une interdépendance plus forte de tous les États, de toutes les institutions et de tous les mouvements. Comment dès lors s’attaquer aux questions les plus immédiates comme celle des paradis fiscaux par exemple sans intervenir à cette échelle ? Et plus encore, comment lutter contre le réchauffement climatique sans intervenir à cette échelle ? De nombreux problèmes ont désormais une dimension internationale qui a tendance à prévaloir : le dérèglement climatique est tout ce qui vient est énorme : l’accès à l’eau, les pandémies, l’accès à la nourriture, l’accès à l’électricité, les migrations massives.
  3. La mondialisation actuelle est montée en iniquité depuis deux décennies.

Il y a donc beaucoup à faire en matière de solidarité internationale et le Québec peut faire exemple. On lira avec profit des billets de ce blogue qui font un début de démonstration des avancées dans ce sens de la part de certains mouvements. Parmi plusieurs, quelques suggestions :

L’action internationale entreprise par des syndicats
L’action internationale entreprise par les producteurs agricoles
L’action internationale entreprise par le mouvement coopératif
L’action entreprise par le mouvement citoyen international

Pour en savoir plus

Sur les grands chantiers d’un projet de société

Deux petits ouvrages aux Presses de l’Université du Québec

Bibliographie

  • ATTAC (2009), Sortir de la crise globale. Vers une mondialisation solidaire et écologique. La Découverte, Paris.
  • Bourque, G. (2014). Les énergies fossiles. Quand la finance responsable mobilise. Un billet de l’économiste et sociologue Gilles Bourque : http://jupiter.uqo.ca/ries2001/carnet/spip.php?article95
  • Comeau, Y., Favreau, L., Lévesque, B. et M. Mendell (2001), Emploi, économie sociale et développement local, PUQ, Québec. http://www.puq.ca/catalogue/livres/emploi-economie-sociale-developpement-local-94.html
  • Foisy, P-V et J. McEvoy (2011), Le scandale du gaz de schiste. Éd. Partis Pris Actuels, Montréal.
  • Gadrey, J. (2010), Adieu à la croissance. Bien vivre dans un monde solidaire. Alternatives économiques, Paris
  • Klein, N. (2015), Capitalisme et changement climatique. Tout peut changer, Ed. Lux/Actes Sud. http://www.actes-sud.fr/naomi-klein-tout-peut-changer
  • Langlois, S. (2015), Une lutte, des intérêts divergents. Entrevue avec le sociologue Simon Langlois, Le Devoir, 14 février. http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/431840/une-lutte-des-interets-divergents
  • Laurent, É. (2014), Le bel avenir de l’État Providence, Éd. Les liens qui libèrent, Paris.
  • Lipietz, A. (2012), Green Deal. La crise du libéral-productivisme et la réponse écologiste. La Découverte, Paris.
  • Mitchell, T. (2013), Carbon Democracy. Le pouvoir politique à l’heure du pétrole, La Découverte, Paris.
  • Paquin, S. et P.-L. Lévesque (dir.) (2014), Social-démocratie 2.0. Presses de l’U. de Montréal, Montréal.
  • Ramaux, C. (2012), L’État social, pour sortir du chaos néolibéral. Fayard, Paris.

De quelques études de cas récentes au Québec et à l’international (en textes courts, une page et demi)

[1Voir à ce propos l’itinéraire du Parti Québécois tel qu’analysé par J.-H Guay dans L’état du Québec 2015 (p. 134 à 139).

[2Voir à ce propos l’article d’A. Shields dans le Devoir du 22 septembre 2015 : dans le monde, les États ont subventionné les énergies fossiles à la hauteur de $200 milliards par année entre 2010 et 2014. Au Canada seulement les subventions dépasseraient $700 millions annuellement.


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