Carnet de Louis Favreau
Chaire de recherche en développement des collectivités (CRDC)
Article paru dans la revue Développement social, novembre 2008, chronique d’Ici et d’ailleurs

Crise alimentaire et développement des communautés au Sud

Le développement des communautés dans les pays du Sud, cela vous concerne-t-il ?
novembre 2008 par Louis Favreau

Un question clé tout à la fois sociale et économique : pourquoi des émeutes alimentaires un peu partout dans les pays du Sud ? 37 pays aujourd’hui sont menacés de crise alimentaire selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Au Québec, le prix de l’essence a monté en flèche et certaines denrées alimentaires augmentent petit à petit (céréales, légumes…). Ailleurs, plus au Sud, c’est la même chose. Mais en pire ! [1]

La crise alimentaire est une crise à l’échelle de la planète et va de pair avec la crise énergétique et les changements climatiques sur fond de crise financière. Cet enjeu alimentaire est donc tout à la fois local et international. Et il est redevenu majeur aujourd’hui. Responsables : des multinationales et les principaux gouvernements des pays du Nord, États-Unis en tête. Menace sur la gestion de l’offre au Québec et au Canada qui garantit pourtant, malgré tous ses défauts, aux consommateurs comme aux producteurs, un minimum d’équité quant au prix et à la qualité pour certains produits comme les œufs, le lait et la volaille. Menace encore plus grande pour les pays du Sud dont l’agriculture locale a été orientée vers l’exportation par les multinationales et mis à mal la diversité de leurs produits. Menace pour le Québec où la concentration autour de quelques pôles d’agriculture industrielle et le contrôle par les transformateurs et les grandes chaînes alimentaires risquent de s’accentuer. Bref, au plan international, la souveraineté alimentaire est à l’ordre du jour.

Cependant, la différence dans ce dossier, entre les pays du Nord et ceux du Sud, se voit surtout dans le budget des ménages : l’alimentation joue pour 15% du revenu familial ici alors que, dans les pays du Sud, elle joue pour 70, 80 et même 85%. Explosion sociale en vue, prévisible comme le disait André Beaudoin, secrétaire général d’UPA Développement international dans un article du bulletin d’information du Mouvement pour une agriculture équitable, le MAÉ MAÉ. Disons les choses clairement : une des grandes ruptures actuelles depuis l’après-guerre et la chute du mur de Berlin, c’est la fin de l’abondance des matières premières et notablement du pétrole, des produits agricoles et de l’eau.

La coopération internationale du Québec avec le Sud

Heureusement, aujourd’hui, il existe, à des degrés variables, une volonté politique, au Sud comme au Nord, de re-construire de nouvelles régulations économiques et sociales pour contraindre les multinationales, favoriser la souveraineté alimentaire, le développement de marchés intérieurs, le développement social, lutter pour conjurer les catastrophes écologiques et leurs conséquences sociales. À l’heure où la mondialisation s’accélère, où les pouvoirs des États tendent à s’effriter et les multinationales à s’affranchir encore plus aisément des régulations nationales…de nouveaux acteurs de développement stimulent l’organisation des communautés locales (associations de quartiers, regroupements villageois, associations de producteurs, associations de femmes, associations de jeunes, réseaux coopératifs, etc.) dans une perspective de développement durable et solidaire des territoires. Des ONG sont très actives dans ce type de travail mais ne sont pas les seules. Des gouvernements locaux du Nord en interface avec leur équivalent au Sud dans le cadre d’une coopération de proximité, des OCI, des organisations de travailleurs (syndicats), des initiatives internationales des mouvements paysan, coopératif et associatif en font également partie.

Qu’est ce que le Québec fait en matière de solidarité internationale ?

Généralement, on le sous-estime largement. Pourtant, nous sommes très engagés dans de nouvelles dynamiques de développement économique et sociale par une coopération internationale de proximité : le monde agricole, par l’Union des producteurs agricoles (UPA-DI), est particulièrement actif dans le soutien à des organisations paysannes des pays du Sud ; le mouvement syndical aussi qui a participé de plain pied au développement de la nouvelle Confédération syndicale internationale (la CSI) ; le Mouvement Desjardins qui travaille à l’émergence de caisses populaires par DID ; le mouvement coopératif par SOCODEVI qui soutient des initiatives de communautés en Amérique latine et en Afrique. De plus, une soixantaine d’organisations de coopération internationale (OCI) québécoises –regroupées au sein de l’Association québécoise des organisations de coopération internationale (AQOCI)-, travaillent, bon an mal an, avec des partenaires au Sud qu’elles soutiennent dans l’organisation et l’animation de projets de développement. Sans compter que le Québec est parfois porteur d’initiatives Nord-Sud d’envergure internationale : Marche mondiale des femmes ; Réseau intercontinental de promotion de l’économie sociale et solidaire (RIPESS) dont le Groupe d’économie solidaire du Québec (GESQ) a été un des initiateurs…Qu’en pensez-vous ?

Pour en savoir plus :

un site en développement international : http://www.uqo.ca/ries2001 et un ouvrage Coopération Nord-Sud et développement : le défi de la réciprocité aux Presses de l’Université du Québec par L.Favreau, L.Fréchette et R.Lachapelle.

[1Il me faut mentionner ici que c’est grâce à André Beaudoin, secrétaire général d’UPA-développement international et à Claude Giles, aujourd’hui consultant à UPA-DI et hier coopérant de SUCO au Mali, tous deux créateurs du mouvement MAÉ-MAÉ, que j’ai été fortement interpellé, tant au GESQ que pour mes travaux de recherche à la CRDC, sur la crise alimentaire mondiale et sur l’importance du mouvement paysan dans le monde. Tous mes remerciements à ces deux pionniers québécois du mouvement paysan international.


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